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	<title>f0ll0w-me &#187; ambassade</title>
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	<description>Invitation au voyage...</description>
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		<title>La Maison Dorée de Samarkand*</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Apr 2011 05:52:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Résumé de l’épisode précédent :Au gré d’une ballade dans les rues de Téhéran, la police iranienne fouille mon ordinateur, puis me flanque en prison. Il semblerait que mon excursion en Israël ne soit pas des plus appréciée. M’y accompagne Luke, infortuné compagnon de voyage, qui lui n’a pas eu la chance de visiter le Pays où Coulent le Lait et le Miel…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a title="Prison Iran - Ambassade USA" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/PrisonIranAmbassadeUSA.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade USA" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/PrisonIranAmbassadeUSA_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade USA" width="589" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Je me répète mais trouver des illustrations, c’est pas évident…</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<br/>
<p><em>Résumé de l’</em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank"><em>épisode précédent</em></a><em> : </em></p>
<p><em>Au gré d’une ballade dans les rues de Téhéran, la police iranienne fouille mon ordinateur, puis me flanque en prison. Il semblerait que mon excursion incognito en Israël ne soit pas des plus appréciée. M’y accompagne Luuk, infortuné compagnon de voyage, qui lui n’a pas eu la chance de visiter le Pays où Coulent le Lait et le Miel…</em></p>
<br/>
<p>Un grand “BANG” métallique me réveille. C’est la trappe de la cellule de Luuk qui se referme. La mienne qui s’ouvre à la volée, pour laisser le passage à un sac plastique qui contient deux disques de pain enrobant un petit bout de “fromage”.</p>
<p>Le premier réveil en prison n’est pas des plus confortables. J&#8217;ai bricolé un lit et un oreiller avec mes trois couvertures, à même le sol. Il me faut quelques secondes pour me rappeler où je suis. Fort heureusement, la veille, l’épuisement m’avait permis de trouver le sommeil sans trop tergiverser. Et clairement, tergiverser, c’est pas ce qui peut m’arriver de mieux dans ma situation. Point rapide. Tout d’abord, en bon citoyen européen qui se respecte, on devrait pas me laisser croupir là <em>ad vitam</em>. Mais ça pourrait durer un brin. Bon. Primo, j’en saurais peut-être plus aux interrogatoires suivants. Secundo, si je veux sortir vite, il faudrait que l’extérieur soit prévenu. Je sais qu’à un moment où à un autre, mes vieux vont tiquer de ne plus me voir dispenser mes habituelles fanfaronnades sur le web. Lorsque ma petite frangine leur avait fait le coup d’aller cueillir des champignons dans un coin éloigné de toutes formes de télécommunication en Colombie, il leur avait pas fallût longtemps pour aviser de sa disparition aux services compétents, et ce malgré mes molles protestations du genre ”Mais non elle va très bien vous allez voir…”. J’avais eu raison mais mieux valait espérer que cette dernière [Ndr: ma frangine] balise un peu plus que moi sur ce coup là.</p>
<p>Mais allons, peut-être? que les iraniens me laisseront prévenir l’ambassade, allez savoir. Et peut-être même !, puis-je donner un coup de pouce. Ni une ni deux, je décide de me mettre en grève de la faim, là, tout de suite. Toute façon j’ai pas super faim, et vu le temps que ça va me prendre pour ressembler à un clou et faire paniquer qui que ce soit, vaut mieux m’y mettre tôt.</p>
<p>C’est à peine si j’entends que l’on sort Luuk de sa turne, perdu dans mes pensées où se projettent la future couverture de ma biographie : mon portrait auréolé d’une lumière blanche côtoyant ceux de Gandhi et Mandela. Cinq minutes plus tard c’est mon tour.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<div id="attachment_786" class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-interrogatoire.jpg" target="_blank"><img class="size-large wp-image-786  " title="Mana Neyestani interrogatoire" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-interrogatoire-736x1024.jpg" alt="Mana Neyestani interrogatoire" width="589" height="819" /></a><p class="wp-caption-text">©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
<p>Deux coups secs sur la porte, je me redresse. Ce n’est pas le même gardien que la veille, mais tout sourire, le petit bonhomme joufflu à moustache me tend le bandeau pour les yeux. Merde. On franchit le couloir, on prend à droite, pour se retrouver à l’extérieur. L’air frais qui pique, quelques marches qui descendent, une nouvelle porte qui grince… Le gardien me laisse là. Un autre type se pointe. Vu la façon dont il m’emporte, en me soulevant par un bras sans grand ménagement, je comprends que j’ai affaire à un poids lourd. Il me tire dans un autre bâtiment. Me pousse dans une pièce, j’entends la chaise qui racle le sol, la porte qui se ferme. <em>Take a seat please.</em> Je galère un peu. <em>You can take of your scarf.</em></p>
<p><span id="more-661"></span></p>
<br/>
<p>Bon c’est pas grand chez vous hein. Je suis assis à un bureau, le dossier de la chaise touche le mur du fond, ma bedaine est pressée contre le rebord de la table. J’ai bien fait de décider de me mettre au régime. Le peu d’espace restant permet à grand peine à la porte de s’ouvrir. Devant le bureau, une large vitre sans-teint, soulignée d’une petite fente. Deux stylos et un verre d’eau. L’interrogatoire commence. Deux flics : Costaud, qui m’a emmené, est flanqué de Grognon, qui me pose des questions à l’oral dans un anglais plutôt correct. Toutes mes aventures en Iran, pour commencer. Les gens que j’ai rencontré. Parfois, on me demande de rédiger les réponses. J’avais deux ou trois numéros de téléphone dans les poches, à l’interpellation, et quelques mails d’iraniens, ils me demandent qui ils sont, leurs adresses, comment je les ai connu, où, pourquoi. Comme je me souviens pas de tout le monde, ça bloque un peu. Puis mon voyage en lui-même. Israël. Comment suis-je entré avec un tampon israélien ?, je n’en avais pas. Pourquoi ?, j’ai demandé à être tamponné sur <em>free-paper</em>. Parce que je voulais venir ici, ainsi qu’au Liban, en Syrie…</p>
<p>On me félicite sur ma franchise. Je réponds que je n’ai pas trop le choix.</p>
<p>Je demande rapidement à parler à mon ambassade, ils me disent que ce sera le cas à la fin de l’interrogatoire, si je coopère. A la fin de l’interrogatoire, on me répondra que l’enquête doit avancer. Je les informe en deux/deux que je ne mange pas, sans détailler le concept de grève de la faim.</p>
<p>Le temps passe assez vite. On me renvoie. Grognon qui avait le rôle du “bon flic” me dit que je serais libre d’ici peu, que je pourrais reprendre mon voyage. Tu parles. Torture mentale, je te vois venir. On me tire le portrait, relève les empreintes digitales des dix doigts, les deux paumes, le gros orteil limite ? Yeux bandés, <em>of course</em>. Aveugle, je peux marcher 10 minutes dans une cour où se traînent les feuilles mortes au gré d’un vent morne. Je passe l’après-midi à réfléchir aux deux ou trois noms iraniens qui ne me disaient rien, à essayer de dormir. Je fais quelques pompes, à grand peine. On revient me quérir, retour au miroir sans teint. Ce coup-ci, Costaud reste à mes côtés, relève très légèrement le bandeau, me maintient le nez sur la feuille histoire que je ne le dévisage pas. Toute façon sans mes lunettes j’aurais pas pu voir grand chose. Je déchiffre. <em>List your email / facebook adresses and passwords. </em>Ah. Je m’insurge mollement, chez nous en France, la police elle fait pas ça comprenez. Le géant tape deux fois sur la table, fort, pour m’encourager à coopérer. Je chouine encore deux secondes histoire de réfléchir à toutes les conneries compromettantes que j’ai pu foutre sur Facebook. Mes emails, ils les ont déjà, mon Outlook n’est pas protégé d’un mot de passe, pas plus que l’ordi s’il s’éteignait. Grognon fait passer à travers la fente la réponse dûment complétée de Luuk à la même requête. Costaud ronchonne. Il n’y a rien d’affreux sur Facebook, à peine plus sur Twitter mais on ne me le demande pas. Toute façon il est public, le Twitter. J’obtempère en livrant mes deux principales adresses mails, et mes identifiants Facebook.</p>
<p>&nbsp;</p>
<br/>
<p>Je ne touche pas au dîner et j’exécute péniblement trois abdos pour me donner bonne conscience. En sirotant mon thé, je pense à mes vieux. Eux vont prendre cher, c’est sûr. C’est ce qui me mets le plus mal dans ma situation, parce que franchement, pour le reste, on peut pas dire que je sois à plaindre. C’est pas Byzance, mais c’est pas Midnight Express non plus ; film que je n’ai pas vu, mais dont tout le monde m’a rabâché les scènes cultes à l’énoncé de mes destinations et de ma fin, anticipée, dans les geôles d’un obscur pays de barbus. Bon bah j’y suis. Et y a pas de quoi pleurer. De toute façon, vu la tournure que ça prend, mon manque d’information, la méconnaissance totale de ce qu’il se passe à l’extérieur, et le temps que ça risque de prendre pour prévenir la cavalerie, je me donne une quinzaine de jours avant de penser à quoi que ce soit de négatif. Avant de penser tout court.</p>
<br/>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 198px"><a title="Free Doudou" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/FreeDoudou.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Free Doudou" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/FreeDoudou_thumb.jpg" border="0" alt="Free Doudou" width="188" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Alors qu’en France, des potes préparent ma campagne de soutien…</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<br/>
<p>Lundi 3 janvier, au réveil, je fais connaissance avec l’instrument de torture <em>number one</em> de l’administration carcérale iranienne. J’ai nommé… la confiture de carotte. Je me félicite de ma posture de gréviste de la faim en découvrant ce petit pot anodin au petit-déjeuner. J’en suis encore à me creuser sur l’identité et les motivations du premier qui a eu l’idée saugrenue d&#8217;ébouillanter cet innocent légume lorsqu’on vient extraire Luuk de sa cellule. Comme le geôlier mets plus de temps qu’à l’habitude pour venir me chercher, je m’inquiète de ce que l’on soit séparé. L’un dans l’autre, Luuk est là par ma faute, force m’est donné d’admettre que je m’en sens coupable. Une chouette hypothèse serait qu’il soit libéré. Sans compter qu’à l’extérieur on saurait où je suis. Mais il pourrait aussi être transféré, ce qui me meurtrit, car même si à date on a pas beaucoup la possibilité d’échanger, sa présence est plutôt rassurante…  Ni l’une ni l’autre en vérité, on m’emmène bientôt le rejoindre dans une sorte de gros Trafic, après une bonne trotte dans les ténèbres, menotté. L’engin démarre, et on nous demande de baisser la tête. Mais même ainsi, je sens quelques rayons de soleil sur mon visage. Rien d&#8217;épanouissant, mais pendant la grosse demi-heure de conduite, et de gamberge sur notre destination, je note que l’on doit se déplacer vers le Sud/Sud-Est. Maintenant je sais où est ma prison.</p>
<p>Notre destination c’est Téhéran, il n’y a qu’à entendre les klaxons et le bordel ambiant. On fait descendre Luuk, alors je m’assoupis sur la banquette. Quand on m’extirpe du véhicule, on me retire mon bandeau, avant de me mener dans le bâtiment. C’est un Palais de Justice, pas besoin de trop y traîner pour savoir instantanément à quoi ça ressemble. Je parle bien fort et en anglais à mes deux gardes du corps, et sachant pertinemment qu’ils n’y comprennent rien, je demande à ce que l’on prévienne l’ambassade de France de la présence de l’un de ses ressortissants en taule. Si seulement un badaud de bonne volonté parle anglais… On m’intime de la fermer.</p>
<p>Je suis introduit dans le bureau d’un petit juge avec un petit bouc. La quarantaine, peut-être moins. Un physique sec, nerveux, de petit chef. On me dit que je n’ai pas le droit de me retourner, et un traducteur, ainsi qu’un représentant de la police, prennent place dans mon dos. Et à nouveau les questions. Certaines sont des redîtes, mais quelques nouvelles viennent poindre le bout de leur nez. Parmi celles-ci, “Avec quelles Agences de Renseignement étrangères êtes vous en relation ?” m’arrache un sourire, mais elle ne fait pas marrer le juge. A nouveau, on me reproche d’être entré illégalement sur le territoire iranien, je démens. Je paraphe des réponses les plus longues et détaillées possibles, émaillées de demandes d’ambassade, pour de rire. Je serre les lignes, les mots, qu&#8217;on n&#8217;y ajoute rien post-témoignage. Là j’ai compris qu’on m’accuse d’espionnage, et que l’ambassade, j’y aurais pas le droit. Dans les dernières questions du lot surgit la redoutable “Vous opposez-vous à ce que l’on vous mette en détention pendant deux mois ?”. Alors là plus personne rigole. A l’oral j’explique que ça m’embête bien un peu quand même. V’voyez, quoi. Le traducteur me rassure : “T’inquiètes pas, c’est marqué deux mois, mais ce sera peut-être moins”. Bah oui mais bon. Puisque je suis pas de la DGSE ? Ah ? Ah non, on m’accuse d’être un agent du Mossad.</p>
<br/>
<p>L’entrevue terminée, nous sommes ramenés à la prison. J’ai encore matière à réfléchir, malgré ma ferme résolution de n’en rien faire. Rien de bien rassurant. En tous les cas je peux arrêter ma grève de la faim, je pense que les espions ont en ce cas les mêmes droits à la protestation qu’une oie gavée pour Noël, à la différence prêt que ces saloper### de volailles l’ont bien mérité. Je reprendrai devant les flics pour montrer ma bonne volonté. Il faut jouer à fond le jeu de l’enquête pour qu’ils me blanchissent, ce qui devrait pas être trop dur, vu l’accusation portée. Quoi que même si mon innocence est établie, je peux pas m’empêcher de penser que je pourrais être transformé en otage politique &#8211; et je pense à l’Aveu, de Costa Gavras, on pourrait me faire dire ce que l&#8217;on veut -. Ou que la police, trop contente de mettre la main sur un “espion”, n’aura aucune velléité de traiter l’affaire sérieusement pour pouvoir faire mousser un peu leurs bons résultats. Ou multitude de choses. Ne PAS penser. C’est mieux. Et non pas pendant les deux prochaines semaines. Mais les deux prochains mois.</p>
<p>La trappe du haut s’ouvre, c’est une question, et un stylo. Où est mon passeport ? J’ai déjà répondu trois fois à la question, à mon hôtel, dont j’ignore le nom, comme toujours. C’était en fait la <em>Mosaferkhaneh Amol Mazandaran</em>, facile pourtant non ? Je leur indique le chemin. L’excellente nouvelle, c’est qu’au moins quelqu’un, un hôtelier, va savoir où je suis. Bouffée d’espoir. Je demande à garder le stylo, refus. J’insiste. La porte s’ouvre violemment. Je rends le stylo.</p>
<p>Mais j’ai le droit à des nouvelles affaires : le passage chez le juge nous a intronisé “prisonniers à part entière”. Une brosse à dent, et du dentifrice, que je n’ai pas le droit de conserver en cellule. Un savon. On m’amène aux douches pour me remettre un polo et un short en coton, en sus du pyjama… Et j’ai le droit de me laver. Joie. Contrairement à la plupart des hôtels <em>cheap </em>fréquentés ces derniers mois, les lieux sont très propres, et l’eau est chaude. J’y reste longtemps. Trente minutes d’évasion…</p>
<br/>
<p>Cette nuit là, les gardiens de prison ne couperont pas le chauffage. Les immenses bouches d’aération crachent à balle pendant des heures. A titre de comparaison, vous pouvez toujours essayer de vous endormir dans un réacteur d’avion.</p>
<p>Il ne fait aucun doute que l’interrogatoire va reprendre. Le 4 janvier, pourtant, on me laisse pourrir en cellule. C’est <a title="Evin, la prison. Jour après jour… après jour..." href="http://www.f0ll0w-me.fr/evin-la-prison-jour-apres-jour/trip">ma première journée de prisonnier lambda</a>, ponctuée de mes trois repas, deux thés, deux ballades, je reviendrai sur ce quotidien. En manque de sommeil, j’essaie de rester éveillé, dans l’attente de l’interrogatoire. Mes pensées sont confuses. Je dors finalement par petites tranches, tout en continuant de bouder les barquettes de bouffe. Je rêve à des troupeaux de carottes qui s’épanouissent librement dans la nature. J’ai renoncé à la grève, et j’ai la dalle. Mes geôliers insistent un peu. Tant mieux, l’impression n’en sera que meilleure si je reprends devant les flics. N’empêche, je suis furieusement déboussolé, et fatigué. Je me rends compte que je perds déjà le compte des jours. J’ai du mal à “ne pas penser” (ma doctrine), à cause de ces longues plages horaires inoccupées. Personne pour me dire si les flics vont me convoquer ou non, les gardiens ne parlent pas anglais. Cette nuit là encore, je dors mal.</p>
<br/>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 224px"><a title="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/n0c0mmentd0ntf0ll0wme.jpg" target="_blank"><img class=" " style="display: inline; border: 0pt none;" title="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/n0c0mmentd0ntf0ll0wme_thumb.jpg" border="0" alt="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" width="214" height="433" /></a><p class="wp-caption-text">Petite illustration gentiment réalisée par Maria, du blog n0c0mment :)</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>Le matin du 5 janvier, je me lève avec la drôle de pensée que “c’est ma fête”. La Saint Edouard. Bonne fête Doudou. Peut-être que mes parents vont m’écrire un mail, un autre trois jours plus tard pour me dire qu’ils savent bien que c’est pas toujours évident, mais qu’il faudrait donner signe de vie maintenant. Et ils alertent l’ambassade vers le 15 janvier au plus tard, si l’Iran ne l’a pas déjà fait, ce qui ne devrait pas être le cas.</p>
<p>Histoire que la fête soit complètement <em>Happy Meal</em>, après le petit déjeuner (boudé), on m’emmène retrouver Costaud et Grognon, devant mon miroir sans teint. Nouveau roulement de questions, le tout à l’écrit cette fois-ci. Ça commence fort avec <em>Give me secret email</em>, de Costaud, qui n’est décidément pas le plus à l’aise avec la langue de Shakespeare, mais qui compense avec d’indéniables compétences en martelage de table, comme il s’échine à nouveau à me le démontrer. Avant qu’il ne me fasse la démonstration que ces capacités de martelage peuvent s’appliquer à d’autres supports, je leur déballe toutes les adresses emails que j’ai jamais possédées depuis le forfait illimité AOL 56K, pour les nostalgiques.</p>
<p>Je retourne sur le terrain des iraniens que j’ai pu croiser durant mon périple. Ils s’en foutent un peu. Je m’inquiète pour mon passeport : ils l’ont. Bien. On me demande ce que j’ai fait ces dernières années. Là je deviens prolixe. Du bac à mon départ en voyage, j’entreprends de tout décrire. Un CV en plus long en fait. Le but, c’est de ne pas laisser une seule plage de quelques mois d’inactivité : j’ai pas fait mon CAP Espionnage, ou trouvé le temps de faire le stage du Mossad pour avoir mon Flocon ou ma Première Etoile, j&#8217;ai même pas tenté le BAFA. On ne m’interromps sur ce travail préparatoire à mon autobiographie que pour m’amener à manger. J’avale la barquette en un clin d’œil, tout en évoquant la confiance que j’ai dans la police à me blanchir d’une accusation d’espionnage, ce qui ne devrait pas être trop dur. Propos qui les laissent de marbre, bien sûr. On me demande si je veux me reposer. <em>No way</em>, je veux leur donner le maximum d’éléments d’enquête.</p>
<p>Après que je leur ai récité ma vie en long, large et en travers, ils reviennent sur le voyage. S’attardent sur mon étape israélienne, encore. Le Liban, le Hezbollah. Les kurdes. Date par date, ville par ville, hôtel après hôtel. L’Iran, puis ce que j’avais prévu par la suite. Je ne parle pas de mon blog, car il faudrait que je parle des vidéos, et de la carte SD que j’ai planqué. A priori tous ces souvenirs de voyages finiront entre leurs mains de toute façon. En relisant mon CV, Grognon me demande si je peux lui fournir les coordonnées de trois personnes pouvant confirmer mon passage dans ma dernière boîte : <em>heaven</em>, un nom qui sonne pas très hallal. Trop heureux d’obtempérer, je lui file les emails de trois ex-collègues, en me demandant comment les filtres anti-spams peuvent réagir à un mail “Bonjour, je suis la police iranienne, je détiens votre pote et j’aurais besoin que vous me donniez quelques infos…”. Mal, assurément. Heureusement qu’ils me font sans aucun doute encore marcher et qu’ils n’écriront à personne. En partant, yeux bandés, je fais une vanne, deux cabrioles et une grimace pour amuser la galerie. Grognon se marre (Costaud grogne, mais il faut pas trop lui en demander). Il me dit que je serais sans doute libre d’ici peu, encore. Je lui réponds que tous les flics que j’ai vu, depuis le premier moustachu à la circulation, m’ont affirmé la même chose.</p>
<br/>
<p>Ce soir là, j’ai droit à une douche. Je souris sous l’eau chaude, je suis plutôt content de ce que j’ai écrit aujourd’hui. Je pense à ce qui va venir par la suite tandis qu’on me pousse dans le couloir, yeux bandés, toujours. Les zones d’ombres que j’ai laissé. Comment réagir lorsqu’ils parleront de mon blog (avec mon Facebook, mes mails, ils tomberont dessus de suite). Je songe aux prochains entretiens, tandis qu’on referme la lourde porte derrière moi, à comment me blanchir, comment me justifier…</p>
<br/>
<p>Sans savoir que ce 5 janvier sera le dernier jour où je rencontrerais un représentant de l’autorité iranienne.</p>
<p>22 heures ?, extinction des feux.</p>
<p>Joyeuse fête, Edouard.</p>
<br/>
<br/>
<p><em>A suivre…</em></p>
<br/>
<br/>
<p><em>* La Maison Dorée de Sarmakand est un album d’Hugo Pratt où Corto Maltese traverse les naissants nationalismes qui bouleversent la Turquie et l&#8217;Iran pour délivrer Raspoutine d’une prison d&#8217;Asie Centrale, surnommée la Maison Dorée de Sarmakand. </em></p>
<p>Le blog N0c0mment, c’est par là : <a title="http://www.n0comment.fr/" href="http://www.n0comment.fr/" class="broken_link">http://www.n0comment.fr/</a></p>
<p><a href="../allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip"><em>&lt;&lt;&lt; ARTICLE 1 &lt;&lt;&lt;</em></a> <a title="Evin, la prison, jour apres jour..." href="http://www.f0ll0w-me.fr/evin-la-prison-jour-apres-jour/trip" target="_blank"><em>&gt;&gt;&gt; ARTICLE 3 &gt;&gt;&gt;</em></a></p>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 4125px; width: 1px; height: 1px; overflow: hidden;">
<br/>
</div>
<p><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-782" title="Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01-213x300.jpg" alt="Mana Neyestani Une metamorphose iranienne" width="213" height="300" /></a> Mana Neyestani a publié en 2011 &laquo;&nbsp;Une Métamorphose Iranienne&nbsp;&raquo; (Editions Ca et Là), où il raconte son séjour dans la même prison d&#8217;Evin. En 2006, son dessin d&#8217;un cafard utilisant un mot Azeri lui vaut trois mois de taule. Il connaîtra ensuite d&#8217;énormes difficultés, lors de sa fuite, pour trouver un pays d&#8217;accueil, la France lui accordant le statut de réfugié politique en 2010. </em></p>
<p><em>Allez <a title="Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani, Editions Cà et Là" href="http://www.caetla.fr/spip.php?article74" target="_blank">en apprendre plus sur sa bande dessinée</a>, et n&#8217;hésitez pas à vous la procurer ;).</em></p>
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		<title>Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne recevez pas…</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2011 20:39:39 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Ou “Comment finir en taule en Iran, pour Les Nuls”
…un exercice qui n’est sans doute pas d’une grande difficulté, et dont il existe un nombre de variables confinant à l’infini : boire ou acheter de l’alcool, consommer de la drogue, avoir une forme de relation quelconque avec une iranienne, par exemple. Je vais modestement livrer ma méthode, testée et approuvée, donc. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a title="Prison Iran - Ambassade americaine" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranAmbassadeUSA.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade USA" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranAmbassadeUSA_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade americaine" width="589" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Téhéran. L’un des plus célèbres graffitis qui ornent l’enceinte de l’ancienne ambassade américaine d’Iran. </p></div>
<p><em>Ou “Comment finir en taule en Iran, pour Les Nuls”</em></p>
<p>…un exercice qui n’est sans doute pas d’une grande difficulté, et dont il existe un nombre de variables confinant à l’infini : boire ou acheter de l’alcool, consommer de la drogue, avoir une forme de relation quelconque avec une iranienne, par exemple. Je vais modestement livrer ma méthode, testée et approuvée, donc. Pour rappel, j’ai eu l’immense honneur de passer 15 jours derrière les barreaux à compter du 1er janvier 2011 (bonne année, d’ailleurs).</p>
<p>Une histoire qui nous fait remonter quelques jours en arrière. Aux alentours du 26 décembre, je crois. Mes pérégrinations d’alors m’avaient emmené à Tabriz, une ville importante du nord-est du pays. C’est là qu’entres-autres je rencontrais, au détour d’une boutique de lampes et d’éclairages, le malheureux Luuk, hollandais roux barbu de son état. A cette description, vous vous dîtes que Dame Infortune avait déjà posé son gros vilain doigt sur le pauvre garçon dès son plus jeune âge, vous êtes loin du compte. Pas de pot pour lui, il eût fallut qu’en sus nous nous liâmes d’amitié à cette occasion (oui j’ai torturé mon Bescherelle pour trouver cette tournure cette phrase).</p>
<p>Nos chemins s’y séparèrent immédiatement, mais les routes des <em>backpackers </em>menant toutes à Rome, ou en l’occurrence, à Téhéran, nous nous y retrouvâmes au soir du 31 décembre pour célébrer la nouvelle année à la cathédrale arménienne, où par quelque volte-face étrange du calendrier, les locaux fêtaient une variante locale de Noël, même si pour eux la naissance du Christ intervient quelques jours plus tard. Un spectacle pas si exotique qu’espéré (<em>ndr : pour un athée, aussi ch… qu’une messe de Noël de cathos</em>) si ce n’est le contexte d’islamisme étatique dans lequel il prend place. Passons.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 313px"><a title="La cathédrale arménienne. Ce cliché, et le précédent, ont été emprunté à Anto, compagnon de route d’un temps, et auteur du très bon mais surtout somptueusement illustré blog LesPassengers" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranCathedralearmenienne.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Cathedrale armenienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranCathedralearmenienne_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Cathedrale armenienne" width="303" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">La cathédrale arménienne. Ce cliché, et le précédent, ont été emprunté à Anto, compagnon de route d’un temps, et auteur du très bon mais surtout somptueusement illustré blog LesPassengers</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p><span id="more-643"></span></p>
<p><em>Pour en savoir plus sur la vie des Téhéranais, je vous conseille un détour par <a title="Iranorama" href="http://webdoc.fr/monde-actu-internationale/iranorama-webdoc-iran/" target="_blank" class="broken_link">le webdoc Iranorama</a>.</em></p>
<p>1er janvier, 16h. Sur l’Iman Khomeini Street, l’imposante Bagh-e-Melli, une porte monumentale, attire l’œil. Belle architecture, décorations superbes, finitions travaillées. Première erreur, nous la franchissons pour faire quelques clichés, explorer la cour, rattraper l’avenue un pâté de maison plus loin. Ce faisant, nous ratons notre objectif : le Musée National iranien.</p>
<p>500 mètres plus loin, nous nous inquiétons donc d’avoir dépassé la bâtisse. A un grand carrefour, arrêt boisson/Lonely. Le guide de Luuk n’est plus d’actualité, du coup je sors mon petit PC pour mater la version pdf, comme d’hab, comme partout. Erreur fatale. Le flic de la circulation lève le sourcil, vient nous voir. Nous on a déjà fini, on remballe, on décolle. “Passports ?”. Ok. Je sors ma photocopie, Luuk son passeport où le tampon d’entrée, bien en règle, porte toujours à confusion en raison de sa date d’émission etc… Rien d’insurmontable. Mon compère essaie de faire la conversation, moi, j’aime pas bien sa tronche de moustachu à casquette. Il crache des trucs en farsi dans son talkie-walkie. Soit.</p>
<p>Se pointent deux barbus en civil dans une Lada. Super. “Come, come. Laptop ?”. Ils nous font monter à l’arrière de leur caisse. Game Over. “Jipi-esse?”. Non, je n’ai pas de GPS, je lui montre le pdf tandis que nous parcourons quelques mètres. Le bonhomme s’engouffre dans un bâtiment bas. Le chauffeur reste et s’emmerde ferme. Il teste notre farsi, peine perdue. Part discuter avec des militaires qui traînent leur kaki le long de la rue désertée.</p>
<p>Dernière conversation libre. On se marre à raconter des conneries avec Luuk. On essaie de prononcer convenablement des extraits du Phrase Book que j’ai récupéré par hasard. “Je n’ai pas acheté de drogue”. “Est-ce qu’on peut s’arranger ? Financièrement ?”. “Je veux parler à mon ambassade !”. Passe une heure.</p>
<p>C’est long. Je m’enquière de ce que peut se reprocher mon compagnon, rien, Luuk est une oie blanche. Pour ma part, j’ai bien fait quelques conneries, dit des choses pas très gentilles sur le régime par mail ou sur Internet. Je suis rentré dans le territoire avec deux cannettes de bière, c’est interdit, c’est con, je l’ignorais. J’ai trinqué au whisky avec des arméniens, l&#8217;avant veille. C’est sur la carte mémoire de la caméra, je l’en extrait, la met dans la poche de ma veste.</p>
<p>Deux heures qu’on poireaute. Je demande au chauffeur si je peux fumer, la vitre ouverte. Ok. Mes dernières clopes d’homme libre. J’aurais su, j’aurais bouffé le paquet. Ca va être encore long ? “No, no !”, dis le chauffeur. “Laptop”, avec un geste du doigt qui revient vers la bagnole, “and good by !”.</p>
<p>Trois heures. Bon. <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/tel-aviv/trip" target="_blank">Je suis allé en Israël</a>. Des photos, des vidéos ? Bien sûr. Dans le PC. Quelques articles sur le blog. Rien de bien malin, rien de bien méchant non plus, je ne suis pas un grand supporter de l’Etat Hébreux, la condition palestinienne m’intéressait plus. Evidemment, j’avais obtenu le visa sur “free-paper”, entre autre pour pouvoir entrer en Iran. C&#8217;est une démarche vraiment unique en son genre : au prix d&#8217;un interrogatoire, d&#8217;une surtaxe, et d&#8217;un backchich aux douaniers jordaniens, on peut rendre son passage en terre hébreux indétectable, sans &laquo;&nbsp;stamp&nbsp;&raquo; local dans le passeport. Les vidéos sont assez bien planquées. S&#8217;ils tombent dessus, je sais qu’ils vont m’emmerder, interrogatoire, une nuit en taule. De toute façon je téléphonerai à l’ambassade. La France, merde. En bon affreux, je ne suis pas le dernier à cracher dessus, mais je suis protégé, je le sais. “Au pire, ils me collent deux semaines à l’ombre”.</p>
<p>Prémonitoire.</p>
<p>Quelque part.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Avoir l’air con, Acte I, le Mur des Lamentations…" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranMurdesLamentations.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Mur des Lamentations" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranMurdesLamentations_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Mur des Lamentations" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Avoir l’air con, Acte I, le Mur des Lamentations…</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>Trois heures et demi. Bon, y a un problème. Luuk sort son portable, est-ce qu’on appelle les ambassades ? On sait toujours pas ce qu’ils nous veulent, on n&#8217;a qu’à attendre. Si on est accusés de quelque chose, on demandera à les joindre. Ah ! Le bonhomme ressort avec mon PC. Palabre. Ils sont rejoints par deux hommes, une autre voiture, noire, vitres noires, garée derrière nous. L’un d’eux nous demande nos portables, me sort sans ménagement de la bagnole. La fouille est sommaire, il balance mes liasses de papelards,mes biftons, ma caméra, mes affaires, les clés de l’hôtel, sur le capot. M’amène à l’arrière de la sienne. Sort les menottes. Attaché à la portière, il m’enfile un bandeau sur les yeux. Serré très fort, ça me fait mal. On est vraiment dans la merde. Luuk subit le même traitement, apparemment.</p>
<p>La caisse est nettement plus confortable, on ne sent presque pas les embardées. Nos nouveaux chauffeurs nous intiment de baisser la tête, entre nos genoux. Nous n’avons pas le droit de parler. On nous en extrait une vingtaine de minutes plus tard, et on nous sépare. C’est sans ménagement que l’on m’introduit dans un nouveau bâtiment, yeux bandés . Culbuto humain. Me voilà menotté, face contre le mur, à un radiateur. J’apprendrai plus tard que ce sont les services secrets qui nous détiennent. J’attends. Quelqu’un me met un bandeau plus lâche, enfin.</p>
<div id="attachment_770" class="wp-caption aligncenter" style="width: 307px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Black-Monopoly.png"><img class="size-medium wp-image-770" title="Black Monopoly" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Black-Monopoly-297x300.png" alt="Allez en prison, ne passez par la case départ, ne recevez pas..." width="297" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Allez en prison, ne passez par la case départ, ne recevez pas...</p></div>
<p>Commence l’interrogatoire. Mon interlocuteur parle un anglais correct, avec un fort accent. Il est dans mon dos, avec au moins une autre personne. Des questions sur mon visa, la raison de ma présence, mon parcours. Des questions sur Luuk, beaucoup. Ah. Je vais être accusé d’homosexualité ? Fait chier. J’espère que Luuk a des tonnes d’albums photo de ses ex sur facebook, parce que c’est pas la liste de mes conquêtes féminines, tout sauf impressionnante, qui va me dédouaner. Remarque au moins là, on est innocent.</p>
<p>Puis “Have you been in Israel ?”. Bien…</p>
<p>Je demande à parler à mon ambassade. Après l’interrogatoire, promis. Ca m’arrange moyennement tout ça. Ok, ils ont les photos et les vidéos. Je vois ma gueule de touriste souriant devant le Dôme du Rocher. Le Mur des Lamentations. La Mosquée Al Aqsa. Je nie un peu, c’est les photos d’une copine, j’y étais pas moi, promis. “We see somebody on picturezz’ ” (non, pour de vrai ?), “It is not a “she”, it is a “he” ”. Super. La question qui coince, tu pourrais pas me la poser dans un anglais correct au moins, connard ?</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Eeeetttttt… Le Dôme du Rocher ! Une photo qui a fait se marrer nombre de policiers iraniens, sans doute. " href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranDomeduRocher.jpg" target="_blank"><img class=" " style="display: inline; border-image: initial; border: 0px initial initial;" title="Prison Iran - Dome du Rocher" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranDomeduRocher_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Dome du Rocher" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Eeeetttttt… Le Dôme du Rocher ! Une photo à l&#39;évocation de laquelle nombre de policiers iraniens se poilent encore, sans doute. </p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>Le moment n’est pas à l’échange grammatical, mes aveux en poche, j’ai droit à une gamelle, riz-haricots rouges. Pas d’ambassade. On relève brièvement mon bandeau, le temps de me braquer un téléphone portable sous le nez. Quatre lettres, &laquo;&nbsp;SONY&nbsp;&raquo;. Flash. Retour à la portière de ma bagnole, tu m’as manquée toi tiens. Je crois comprendre que Luuk est à côté. Bienvenue dans ma galère, compañero. Non content d’être dans la merde, voilà que j’y plonge un innocent. C’est toujours bon pour le moral.</p>
<br/>
<p>Une heure ? plus tard, arrêt final. On nous confie à de nouveaux gus, on nous trimballe. Dans une petite pièce, je trouve une chemise et un pantalon de pyjama, des claquettes. Je glisse ma SD card dans la <em>pocket money</em> de mon futal, si on me la demande à l’interrogatoire, vaut mieux pas que je l’emmène en cellule. Je garde mes lunettes. On nous retire le bandeau pour voir le docteur. T’en fais pas j’ai pas d’allergie. Ah si, le pollen. Ca devrait aller. A demis-mots en français, je fais comprendre à Luuk que nos hôtes n’ont pas apprécié toutes les étapes de mon parcours, comme on pouvait s’y attendre.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<div id="attachment_781" class="wp-caption aligncenter" style="width: 604px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/neyestani-evin-bandeau.jpg" target="_blank"><img class="size-large wp-image-781   " title="neyestani evin bandeau" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/neyestani-evin-bandeau-733x1024.jpg" alt="neyestani evin bandeau" width="594" height="830" /></a><p class="wp-caption-text">Dans ma version, les couloirs étaient muets. Et aveugles. ©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Deux bâtisses plus loin, on nous introduit dans un couloir qui va vite nous devenir familier. Une porte est ouverte à droite. Good night Luuk. Trois mètres après, à gauche, on m’introduit dans ma nouvelle piaule. Dépose ton bandeau à l’entrée.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 258px"><a title="Couloir d'Evin" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/image.png" target="_blank"><img class=" " style="display: inline; border-image: initial; border: 0px initial initial;" title="Couloir d'Evin" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/image_thumb.png" border="0" alt="Couloir d'Evin" width="248" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Vieille photo. Empruntée au blog Iran en Lutte. Vous comprendrez que je ne vous ai pas ramené beaucoup de clichés… Mais c&#39;est ressemblant.</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>La lourde porte d’acier, ornée de ses deux trappes, une en haut, une en bas, se ferme sur une pièce de 1m50 sur 3. Il y a un petit bout de carton. A glisser dans la grille de la trappe du bas, pour appeler le gardien, me fait-on comprendre en quelques gestes. Attenant, 1m² consacré à des toilettes turques, et un lavabo. Il y a un loquet au battant de la petite porte des WC. Pourquoi…? Deux bouts de savon. Une amphore en plastique avec un long embout, pour se laver les fesses après avoir fait ses besoins. Ce n’est pas sale. Ce n’est pas propre. Deux fines ouvertures en hauteur, grillagées, barrées de persiennes métalliques horizontales. Quatre bouches d’aérations rondes, énormes. Un caillou gravée d’une mosquée, servant à symboliser la direction de La Mecque pour les afficionados de la courbette. Trois couvertures sur le tapis de sol criard.</p>
<p>Bienvenue dans ton nouveau chez toi.</p>
<br/>
<p><em>clichés : <a title="Les Passengers" href="http://www.lespassengers.com/" target="_blank">lespassengers.com</a>, <a title="Iran en lutte" href="http://iranenlutte.wordpress.com/" target="_blank">Iranenlutte</a></em></p>
<p><em>A suivre&#8230;</em></p>
<p><em><a title="La Maison Doree de Samarkand" href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">&gt;&gt;&gt; SUITE (article 2) &gt;&gt;&gt;</a></em></p>
<p><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-782" title="Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01-213x300.jpg" alt="Mana Neyestani Une metamorphose iranienne" width="213" height="300" /></a> Mana Neyestani a publié en 2011 &laquo;&nbsp;Une Métamorphose Iranienne&nbsp;&raquo; (Editions Ca et Là), où il raconte son séjour dans la même prison d&#8217;Evin. En 2006, son dessin d&#8217;un cafard utilisant un mot Azeri lui vaut trois mois de taule. Il connaîtra ensuite d&#8217;énormes difficultés, lors de sa fuite, pour trouver un pays d&#8217;accueil, la France lui accordant le statut de réfugié politique en 2010. </em></p>
<p><em>Allez <a title="Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani, Editions Cà et Là" href="http://www.caetla.fr/spip.php?article74" target="_blank">en apprendre plus sur sa bande dessinée</a>, et n&#8217;hésitez pas à vous la procurer ;).</em></p>
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