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	<title>f0ll0w-me &#187; iran</title>
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		<title>Aperçus perses</title>
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		<pubDate>Sun, 22 May 2011 16:34:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a title="Iran Apercus Perses - Bazar de Tabriz" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesBazardeTabriz.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - Bazar de Tabriz" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesBazardeTabriz_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - Bazar de Tabriz" width="589" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">“L’artère principale” du bazar de Tabriz. Plutôt bondée.</p></div>
<p style="text-align: center;">
<br/>
<p>Après cette longue et éprouvante série d’article, je suis heureux d’annoncer un retour à la normale, d’autant qu’avec ce PC en panne, j’ai accumulé pas mal de retard. Mais avant d’attaquer l’Inde, il serait injuste pour l&#8217;Iran de ne narrer que mes mésaventures.</p>
<p>Originellement, je comptais décrire les richesses iraniennes par thème, Antiquité, Perse musulmane, paysages naturels et époque moderne contemporaine par exemple. J’ai eu de la chance dans mon malheur d’avoir vu à peu près un site par catégorie, ce qui est pas mal. Malheureusement, mon épopée ne m’aura pas laissé la latitude de visiter le cœur de l’Iran et ses mythes, tel que les nids d’aigle haschichins, les merveilles que recèlent Ispahan la sacrée, Chiraz la cultivée, Persépolis l’Antique, ou Bam la blessée…</p>
<br/>
<p>Avec sa position jouxtant le berceau de civilisations mésopotamiens, les percées d’Alexandre et des héritiers du Prophète d’un côté, les invasions mongoles de l’autre, l’influent sous continent indien non-loin, et au confluant des quatre plus importantes religions mondiales, au centre de la route de la Soie, on aurait pu croire l’identité perse dilatée, dispersée, éclatée par ce kaléidoscope culturel. Il n’en est rien. Comme les kurdes voisins, les populations enracinées sont demeurées elles-mêmes, et portent fièrement leur héritage séculaire. Contrairement à leurs voisins, ils sont parvenus à rester régulièrement souverains, sur leurs terres, de Cyrus à l’Ayatollah Khomeini. Il en résulte un patrimoine incroyablement riche et divers, et assez bien protégé aujourd’hui &#8211; à l’inverse des déprédations talibanes -.</p>
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<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Miroir aquatique du lac de cratère volcanique, Takht-E-Soleiman, Iran" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesTakhtESoleiman.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - Takht-E-Soleiman" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesTakhtESoleiman_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - Takht-E-Soleiman" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Miroir aquatique du lac de cratère volcanique, Takht-E-Soleiman</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p><span id="more-738"></span>Exemple à Takht-E-Soleiman. Le site n’est pas passé loin de la destruction cependant… Ce complexe de temples était le Vatican des zoroastriens, la religion principale des Perses Sassanides, et l’une des plus vieille religion monothéiste. Elle a d’ailleurs peut-être grandement distillée cette idée aux juifs en captivité à Babylone, un demi-millénaire avant notre ère. Le zoroastrisme était la religion tutélaire des héritiers de Xerxès, et trouvait ses fondements dans la vénération des quatre éléments, eau, feu, terre et air. L’une des pratiques distinctive et notable de cette religion est son rite funéraire : les corps, considérés comme “impurs”, ne pouvaient être rendus à la terre, ou à un autre élément. Ils sont donc déposés dans de hautes tours, les Tours du Silence, pour y être dévorés par les rapaces et les vautours.</p>
<p>Quand vînt le conquérant arabe, il entreprit la conversion en masse des populations, et les lieux de cultes pré-séants furent logiquement menacés ; avec ingéniosité, leurs ouailles les protégèrent en leur donnant des patronymes issus du Livre, les transformant en des lieux saints pour l’Islam. C’est ce qui arriva à Takht-e-Soleyman, littéralement, “Le Trône de Salomon”. Comme le Roi Salomon du Premier Testament avait régné sur une immense Judée, les ecclésiastiques sassanides décidèrent de rebaptiser leurs temples d’une pléthore de lieux attribués au fils de David. Ainsi, le sanctuaire voisin devint “La Prison de Salomon”, et une bonne demi-douzaine de vestiges du coin revendiquent frauduleusement un lien avec le défunt souverain, on peut imaginer aisément trouver ici le boudoir de la Reine de Saba, les toilettes de Salomon, ou sa suite Sofitel (Salomon n’avait pas une super réputation auprès des femmes de chambre) (auprès de toutes les femmes d’ailleurs). En tous les cas ce subterfuge a dû donner des dialogues assez cocasses au VIIème siècle, à coups de cavaliers arabes déboulant pour demander “C’est là La Mecque des zoroastriens ?, on doit tout brûler”, et les autres “Non non, c’est le Trône de Salomon, les zoroastriens doivent être après la Résidence d’Ete de Salomon, au Belvédère de Salomon, à gauche, et de là tu suis jusqu’à dépasser le Pavillon de Chasse de Salomon.” Comme quoi les conquérants auraient dû être un peu plus attentifs en cours d’Histoire Géo, parce que l’Iran est quand même à une bonne trotte de Jérusalem.</p>
<p>Le poids des ans a finalement réussi là où l’envahisseur avait échoué. Le site en lui-même se résume à quelques pans de murs, dont une bonne part, plus récents, datent des Khan mongols, et des fortifications. Mais il est sis dans un cadre idéal, isolé au cœur d’un plateau élevé et enneigé d’où émergent quelques protubérances douces et arrondies, où s’étendent des champs entretenus bordées de petites haies, et des villages clairsemés, où les autochtones vous regardent avec les yeux ronds. Le label Unesco ne draine pas encore les masses touristiques vers ces ruines excentrées. On les découvre au sommet d’une colline ; conformément aux rites ancestraux, les puissances élémentaires s’y exprimaient : le Vent glacé soufflant sans guère d’obstacles sur la lande, la Terre en replis paresseux, l’Eau d’un lac de cratère volcanique cristallin, et le Feu amené depuis des poches de gaz sulfuriques inflammables par un réseau de conduits en céramique.</p>
<p>De nos jours, il y a encore des zoroastriens qui viennent célébrer les fêtes ancestrales à Takht-e-Soleiman (le 21 mars, équinoxe de printemps par exemple). Comme les <a href="www.f0ll0w-me.fr/lalish-a-la-decouverte-des-yezidis/trip" target="_blank">Yézidis</a> d’Irak persécutés, on leur a mené la vie dure afin qu’ils abandonnent leurs convictions. Mais ils sont encore quelques dizaines de milliers en Iran, et la doctrine zoroastrique a profondément marqué la société, de la langue Farsi, au calendrier zoroastrien, toujours en vigueur, en passant par l’influence sur le chiisme. Aujourd’hui, cette religion est représentée par une diaspora mondiale, dont j’ai rencontré les plus éminents représentants : les <em>Parsis</em> (“perse” en hindou) de Bombay, une importante communauté qui a fait le lien entre la société indienne et la régence de la Compagnie des Indes anglaise. Post-indépendance, leur influence politico-économique a été croissante dans la ville la plus peuplée de la plus grande démocratie du monde ; et la richissime famille Tata en est le plus éminent représentant. Tout ça pour dire que la scène confessionnelle iranienne est plus diversifiée qu’on ne l’imagine. <a href="www.f0ll0w-me.fr/jerusalem-1/trip" target="_blank">Les arméniens sont chrétiens et bien planqués, comme d’hab</a>, et ont à ce titre quelques avantages, comme celui de pouvoir consommer de l’alcool, formellement interdit dans tout le pays d’autre part. Les populations d’origines <a href="www.f0ll0w-me.fr/viree-au-kurdistan-irakien/trip" target="_blank">kurdes</a>, <a href="www.f0ll0w-me.fr/la-turquie-du-nord-est/trip" target="_blank">turques</a>, turkmènes et azerbaïdjanaises ont quand à elle leur propre vision de l’Islam.</p>
<br/>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Iran Apercus Perses - Mausolée du Khan Oljeitsu Soltaniyeh" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesMausoleduKhanOljeitsuSoltaniyeh.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - Mausolée du Khan Oljeitsu Soltaniyeh" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesMausoleduKhanOljeitsuSoltaniyeh_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - Mausolée du Khan Oljeitsu Soltaniyeh" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Le dôme du Mausolée de Soltaniyeh fait paraître le village alentour lilliputien. </p></div>
<p style="text-align: center;">
<p>L’Islam, justement, n’a pas failli à son habitude de laisser en héritage de véritables merveilles architecturales aux générations futures. Une fois n’est pas coutume, c’est un tombeau qui se dresse non loin pour nous le rappeler, le Mausolée du Khan Oljeitsu, un sultan mongol. La taille de la structure semble complètement démesurée à l’échelle de la petite bourgade de Soltaniyeh qui l’héberge. C’est qu’elle ne sera restée capitale que l’espace d’un petit centenaire, avant d’être rasée par les hordes de Tamerlan, qui dévastèrent la contrée à la fin du XIVème siècle. Ils épargnèrent miraculeusement le mausolée disproportionné et époustouflant. Son célèbre dôme culmine à 48m de haut, pour 25m de diamètre, c’est le troisième plus grand au monde, et le plus grand en brique crue, à l’extrême limite du point de rupture. Les échafaudages s’accrochent à ses murs pour restaurer l’immense édifice, dont nombre d’ornementations ont disparues, mais son élégance demeure entière : on dit du monument qu’il “anticipait” le Taj Mahal. Sa coupole d’un bleu azur reflète les rayons du soleil, et semble répondre aux pics enneigés qui se dressent au loin en deux barres parallèles.</p>
<br/>
<p>Tabriz, au nord du pays, recèle aussi quelques reliques, non loin de son souk aux charmes colorés, avec sa jolie Mosquée Bleue entre autre. Les excursions alentours sont toutes aussi plaisantes, des églises de Jolfa, qui nous rappellent que l’Arche de Noé s’est posée non loin, au château de Babak, forteresse symbole du nationalisme azerbaïdjanais. Ou encore la troglodyte Kandovan, la Cappadoce Iranienne, où la vie rurale tombe nez à nez avec un embryon de tourisme. Les grands cônes de calcaire dévidés, percé de fenêtres, de lucarnes, attifées de terrasses, de linge coloré se dorant au soleil, et flanquées d’appentis bas, de murets, le long desquels s’enroulent des chemins escarpés, grossièrement pavés de rocs mi-dessertis drainent les quelques touristes assez fous pour cheminer au pays des Ayatollahs…</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Iran Apercus Perses - Kandovan cappadocia" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesKandovancappadocia.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - Kandovan cappadocia" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesKandovancappadocia_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - Kandovan cappadocia" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Ces champignons minéraux abritent un village…</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p>Ils sont quelques-uns à se risquer par ici, des voyageurs expérimentés pour la plupart, mais j’ai aussi croisé une famille de français avec trois enfants en bas-âge. En vélo ou à moto, en levant le pouce ou en prenant le bus, les routards, plus nombreux que chez le voisin irakien, ne s’arrêtent pas à la mauvaise réputation du pays. L’Iran est une destination prisée des voyageurs depuis des décennies, malgré (ou grâce à ?) un contexte géopolitique délicat, qui barre la route au tourisme de masse. <a href="www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas.../trip" target="_blank">Vous savez déjà à quel point ce pays peut être dangereux</a>. Et beau. Hors, des beautés qui le composent, sa population en est le joyau. La réputation d’hospitalité sans borne des iraniens n’est pas usurpée : j’ai moi même profité d’un hébergement chez l’habitant qui me fut proposé moins de dix minutes après avoir fait tamponner mon passeport ! Il suffit de se balader pour que les gens viennent à vous, emplis d’une saine curiosité, et baragouinent tout l’anglais qu’il possèdent, jusqu’à vous inviter à casser la croûte ou dormir à la maison. C’en est même trop, parfois !, de sollicitations et de ripailles. Cette hospitalité a été forgée par des siècles de culture et d’habitus, répondant aux besoins de générations de marchands empruntant la Route de la Soie, mais aussi, plus à l’Est, aux dures conditions de vie du désert, où laisser quelqu’un à sa porte pouvait équivaloir à le condamner à mort. Cette coutume est si profondément implémentée dans leur mode de vie que, parfois (ça ne m’est pas arrivé, heureusement), on peut être invité à séjourner chez l’habitant “sans grande envie”, un peu par obligation sociale, et l’on sent alors aux mines peu réjouies de ses hôtes que ce n’est pas forcément la panacée que de vous accueillir, mais bon, la tradition, c’est la tradition, point barre.</p>
<br/>
<p>C’est quand même moins criant en ville, et en parlant de ville, venons-en à Téhéran. La capitale est longtemps restée l’une des villes les plus congestionnées du monde, avec son exode rural galopant, son urbanisme anarchique et sa circulation infernale. Les travaux du métro lancés sous le Shah n’ont en effet repris… qu’en 1999. Aujourd’hui encore, seules quelques lignes sont partiellement ouvertes. Ce contexte infernal couplé à la relative jeunesse de la cité font que Téhéran n’est pas un spot très touristique. Il y a pourtant quelques jolies choses à voir, même si pour ma part je n’eus le temps de ne visiter que les Palais du Golestan. Sous la houlette de la dynastie Qajar, impressionnée par les palaces occidentaux, prospérèrent ces lieux de pouvoir et de luxe. Surmontant les jardins géométriques et les fontaines, derrière les riches décorations de faïences de façades parfaitement harmoniques, les salles de réceptions, trônes, Tour de l’Horloge, pièges à vent, salons des glaces, rappellent les fastes de la cour royale.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Iran Apercus Perses - Palais Golestan Téhéran" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesPalaisGolestanThran.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - Palais Golestan Téhéran" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesPalaisGolestanThran_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - Palais Golestan Téhéran" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Une des spécialités architecturales iranienne : l&#39;harmonie parfait des jardins du Golestan, sur fond de gratte ciel grisâtre de la Radio-Télévision d&#39;Etat ;)</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p>De Darius à Reza Chah, des personnages forts se sont succédés à la tête de l’Etat. Depuis la Révolution Islamique de 1979, le pouvoir politique a été mis sous tutelle du pouvoir religieux. La société toute entière, aussi. La question du droit des femmes est bien évidemment particulièrement épineuse, et je n’aurais pas eu assez de temps sur place pour pouvoir en discuter avec une interlocutrice, un exercice assez difficile pour le voyageur solitaire. Pour les jeunes aussi, c’est l’enfer. Niveau boulot, c’est franchement pas la joie, comme me le décrit un frais diplômé en aéronautique qui rêve de Toulouse. Niveau vie sociale ou culturelle, c’est souvent cadenassé. Ainsi que le narre le long-métrage <em><a href="http://www.liberation.fr/festival-de-cannes-2009/0101567172-ah-ca-iran-ca-iran-ca-iran" target="_blank" class="broken_link">Les Chats Persans</a></em> &#8211; film underground, sur l’underground iranien, Cannes-awardé -, la musique rock, électronique, reggae, punk, métal ou rap est interdite par le régime, et les femmes n’ont d’ailleurs pas le droit de monter sur scène. Les nouvelles générations ont pourtant accès à Internet, ou à la télévision par satellite. Alors ils savent. Alors ils s’organisent. Ils résistent. Ils se cachent, montent des concerts clandestins, où l’on trouve des femmes non-voilées, de l’alcool, de la drogue. S’ils sont dénoncés, s’il y a une fuite, les policiers foutent tout le monde en prison, indistinctement. Les risques sont élevés.</p>
<br/>
<p>Je manquerai de temps / de talent pour contacter cette sphère hétéroclite. Mais il est d’autres gens que je veux rencontrer, ou au moins voir à l’œuvre. Alors le vendredi, jour saint, je me glisse dans le souk de Téhéran, étonnamment vide. C’est toujours impressionnant, un souk déserté, le vendredi, ou la nuit. Les venelles et les passages se découvrent tout d’un coup, camouflés qu’ils étaient derrière des étals surchargés, débordants. L’air est lourd, et étouffant. Un silence assourdissant, de cathédrale, envahit les rues aux volets métalliques clos, bordées de murs hauts ; le tumulte de la ville toute proche ne peut pas pénétrer le lourd entrelacs de ruelles du bazar. Puis les bruits sourds résonnent. Les basses s’éclatent sur les pavés en pulsations régulières tandis qu’on remonte à la source de ce torrent cacophonique ; et des battements sourds, profonds, qui se répercutent dans le labyrinthe&#8230; qui hachent les accents enflammés des prêches. Des rues adjacentes, un flot de plus en plus nombreux d’hommes et quelques femmes affluent comme des papillons à la flamme d’une bougie. J’approche de la Mosquée Imam Khomeini, dont le nom est aussi symbolique que sa position, en plein cœur du souk, l’aimant des couches populaires, le refuge de <em>bazaris</em>, ce contre-pouvoir désorganisé, incontrôlable, traditionaliste, qui régente les plus démunis des citadins iraniens. Au détour d’une fontaine, j’aperçois enfin les auteurs du fatras.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Iran Apercus Perses - foule vendredi mosquee Khomeini" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesfoulevendredimosqueeKhomeini.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - foule vendredi mosquee Khomeini" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesfoulevendredimosqueeKhomeini_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - foule vendredi mosquee Khomeini" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Et hop ! Le cortège plaqué dans l’souk !</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p>Un prêcheur galvanisé s’époumone en longues litanies dans un micro vétuste, perché sur un ampli branlant, compressé contre un mur. Une trentaine d’hommes s’agglutinent à ses pieds, se frappent la poitrine de toutes leurs forces, à un rythme lent, régulier, en reprenant les paroles d’inspiration divine, ils déclenchent ainsi de véritables conflagrations. Nettement plus démonstratifs que chez les sunnites dis donc. Les poils s’hérissent sur la nuque à cette vue, une sensation de puissance s’en dégage, une communion menaçante, distillant une réaction comme seul le Haka Maori m’en a donné l’expérience. La mince traverse est totalement embouchée par cette foule. Je décide de poursuivre tout de même en direction de la mosquée. Je n’avais de toute façon pas l’intention d’y mettre les pieds, juste d’y traîner aux alentours en quête de témoins, peut-être jeter un œil à la cour de l’extérieur, si la chose est possible. Mais je ne me sens pas directement menacé par les fidèles, aucun regard malveillant ne m’est adressé tandis que je fend le demi-cercle des marteleurs en emboîtant le pas à un autochtone. Pour retrouver un autre groupe en train de se flageller 20m plus loin (mieux organisés eux, en deux ou quatre lignes vaguement parallèles, face à leur prêtre). Le temps de souffler, une tête surgit d’une cloison de tôle entrebâillée. Il me fait signe d’approcher, je tique. Alors il exhibe un bol de soupe de lentilles et me le tend. Routard Aguerri par vocation (ce que par chez nous on appelle “un crevard”), je ne refuse jamais quand on me propose de la bouffe, surtout si c’est gratos. D’ailleurs un cortège d’iraniens dépenaillés défilent aussitôt pour profiter ce repas de fortune. Tandis que je termine ma pitance, l’un d’eux me saisit par le poignet, et m’entraîne avec un sourire bienveillant hors du vacarme, puis, en cherchant à m’entretenir dans son <em>Baby English</em>, vers une grande porte cochère. A l’angle, je m’aperçois qu’elle ouvre directement sur la mosquée. Moment de panique, mais c’est trop tard. Mon interlocuteur continue de m’entraîner, les fidèles se retournent, interloqués de voir un occidental. Un con de touriste occidental paumé.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Iran Apercus Perses - lignes vendredi mosquee Khomeini" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPerseslignesvendredimosqueeKhomeini.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - lignes vendredi mosquee Khomeini" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPerseslignesvendredimosqueeKhomeini_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - lignes vendredi mosquee Khomeini" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Les batteurs fous, dans leurs versions “lignes parallèles”</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesvendredimosqueeKhomeini.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter" style="display: inline; border: 0pt none;" title="Iran Apercus Perses - vendredi mosquee Khomeini" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/IranApercusPersesvendredimosqueeKhomeini_thumb.jpg" border="0" alt="Iran Apercus Perses - vendredi mosquee Khomeini" width="352" height="198" /></a> </em></p>
<br/>
<p>Avant que je comprenne ce qui m’arrive, je suis catapulté dans une petite pièce de la mosquée. Je tâte discrètement ma caméra, dont j’ai l’habitude de braquer brièvement l’objectif sur la scène par un trou de ma doublure. Ca doit toujours tourner. Juste une prise son. Quelques hommes s’asseyent là brièvement, soufflent, se relèvent comme des ressorts, prennent l’une des trois portes adjacentes. Personne ne parle anglais, je me contente d’exhiber mon plus beau sourire “je suis un touriste et je suis un gentil con” (TM) et d’expliquer que je suis français. Et chrétien bien sûr. L’athéisme n’est pas bien vu par ici, et ce n’est pas le moment d’engager un débat théologique sur les mérites comparés de l’agnosticisme ou de la laïcité. Je fais semblant de m’intéresser aux ornementations du XVIIIème siècle. Une double porte s’ouvre de tous ses battants, pour livrer place à un homme ahanant, hâlant un transpalette, chargé de barquettes en carton fumantes. On m’en tend une : riz, frites, lentilles, pièce de mouton. Je me goinfre en tentant de respecter la sacralité des lieux. Puis on me raccompagne dans la cour. En son centre, on me présente l’Imam Hussein, dont on me fait comprendre par geste que la bénédiction guérit de toutes les afflictions. C’est un tout petit homme avec un bouc, une robe cérémoniale blanche très sobre, et un kéfié rouge et blanc digne de Yasser Arafat, dont le visage s’orne d’un large sourire (qui ne le quittera plus) tandis que je lui serre la main. Les dignitaires qui l’entourent m’extirpent tous les renseignements possibles, avec toutes leurs ressources linguistiques, traduisent &#8211; je sors à peine de la zone kurde, et je ne connais pas trois mots de Farsi -. Il hoche la tête visiblement ravi. Je me confonds en remerciements, confirme qu’Allah est décidément bien grand.</p>
<p>Délivré de mes obligations officielles, je cherche à m’éclipser lorsque que l’on m’attrape par l’oreille : j’ai oublié de prendre le thé. De l’autre côté d’une grande table dressée sur des tréteaux, trois hommes s’affairent à remplir les gobelets à la chaîne. Sur les visages burinés des hommes et des femmes, repus, s’affichent de grands sourires. Les interjections enthousiastes se répondent d’un bord à l’autre, les rires fusent dans cette Cour des Miracles perse, où les plus pauvres se réunissent.</p>
<br/>
<p>Heureux de communier. De partager.</p>
<p>Heureux d’accueillir.</p>
<br/>
<p>Car c’est ça le visage de la rue iranienne.</p>
<br/>
<p><em>Attention si vous débarquez, j’ai connu <a href="www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas.../trip " target="_blank">quelques déboires</a> en Iran, et vous souhaitez découvrir ce pays, je ne saurais que vous conseiller de lire <a title="Ministère - Iran" href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs_909/pays_12191/iran_12262/index.html" target="_blank" class="broken_link">les </a></em><a title="Ministère - Iran" href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs_909/pays_12191/iran_12262/index.html" target="_blank" class="broken_link"><em>recommandations du Site du Ministère des A</em></a><em><a title="Ministère - Iran" href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs_909/pays_12191/iran_12262/index.html" target="_blank" class="broken_link">ffaires Etrangères</a>, de ne partir que si vous êtes aguerri et de vous montrer extrêmement prudent. </em></p>
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		<title>La Grande Evasion</title>
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		<pubDate>Sat, 07 May 2011 13:21:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Iranian jail]]></category>
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		<category><![CDATA[téhéran]]></category>

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		<description><![CDATA[Résumé des épisodes précédents : me baladant, le nez au vent, innocemment, à Téhéran, je suis arrêté puis jeté en prison après qu’une fouille de mon ordinateur ait révélé mon récent passage en Israël. Nous sommes le 1er janvier. Luke, compagnon d’infortune néerlandais, m’y accompagne. Les 4 premiers jours sont consacrés à l’interrogatoire, au passage devant un juge. Puis laissent place à 10 longues journées d’ennui, où, coupés du monde extérieur, nous ignorons totalement à quelle sauce nous allons être mangé…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em><a title="Prison Iran - Ambassade USA" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranAmbassadeUSA.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter" style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade USA" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranAmbassadeUSA_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade USA" width="589" height="198" /></a> </em></p>
<br/>
<p><em>Résumé des <a title="Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne recevez pas…" href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank">épisodes précédents</a> : </em></p>
<p><em>Me baladant, le nez au vent, innocemment, <a title="Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne recevez pas…" href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank">à Téhéran</a>, je suis arrêté puis jeté en prison après qu’une fouille de mon ordinateur ait révélé mon récent passage en Israël. Nous sommes le 1er janvier. Luuk, compagnon d’infortune néerlandais, m’y accompagne. <a title="La Maison Dorée de Sarmakand" href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">Les quatre premiers jours</a> sont consacrés à l’interrogatoire, au passage devant un juge. Puis laissent place à plus de <a title="Evin, la prison jour après jour" href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">dix longues journées</a> d’ennui, où, coupés du monde extérieur, nous ignorons totalement à quelle sauce nous allons être mangé…</em></p>
<br/>
<p>Le matin du 16 janvier est d’une effrayante banalité. Comme si le temps s’était replié sur lui même pour former une boucle infinie, de 24h, toujours identique. Une boucle infernale, dont il est impossible de sortir, comme de ces murs. Mais bon, je n’ai abattu qu’un quart du chemin menant au déblocage de la situation, potentiellement au bout de deux mois… Pas le moment de baisser les bras. Alors je vais graver au mur une barre, la seizième. J’entame mon quatrième paquet de barres : c’est que ça commence à faire.</p>
<p>Comme si c’était encore possible, ma routine va être désagréablement brisée, ce matin. Pas de balade. On dirait qu’il y a du soleil, en plus c’est con… Mais bon, même si c’est rare, ce n’est pas la première fois qu’on nous “oublie”. Il ne me reste plus qu’à exécuter quelques exercices physiques, en attendant la sortie de l’après-midi. Qu’elle paraît loin cette balade… Comme je suis perclus de courbatures, cette séance est extrêmement pénible, et, en conséquence, allégée. Ne me reste plus que l’ennui. Je chante un peu… Le repas arrive finalement. Barquette de riz et poulet, on ne change pas un menu qui gagne. Le Domenech de la cuisine est iranien.</p>
<p>Puis, en tout début d’aprèm’, on vient chercher Luuk. Un peu trop tôt pour notre <em>gimnastik</em>, il se passe quelque chose. La police ? Le juge ? Etrange, en tous les cas : le gardien (ce jour là c’est le petit moustachu, tout sourire) vient ouvrir ma lourde porte métallique. Il n’a pas encore évacué Luuk ! Normalement, on vient nous quérir l’un après l’autre, quel que soit le motif. Puis, emmenant Luuk, il me laisse planté là, sur le seuil, avec mon bandeau pour les yeux (mais je le relève), les portes des deux cellules ouvertes. Pour être inhabituel, c’est inhabituel. Je jette un œil dans la pièce de Luuk, pour vérifier qu’il n’y a pas de traitement de faveur : nous sommes parfaitement à égalité. J’attends le retour du gardien, assez rapide. Il veut que je jette tout mon petit stock de bouffe, qui reste dans un coin de ma cellule : une orange, un kiwi, une galette de pain. Pas question ! Bon, à ce stade, je me dis que je suis soit libéré, soit transféré. Plus probablement libéré, mais sans voir de juge ou de flics, ça me paraît difficile à croire… Peut-être que l’ambassade de France a réussi à me faire sortir ? Dans le doute, j’embarque mes fruits, puis file le train à mon taulier.</p>
<p><span id="more-712"></span><br/></p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Iranian haircut : une semaine après. “Look good, look Germany”" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIraniranianhaircut.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - iranian haircut" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIraniranianhaircut_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - iranian haircut" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Iranian haircut : une semaine après. “Look good, look Germany”</p></div>
<br/>
<p>Je reconnais les lieux : nous sommes devant la porte du médecin, vu le soir de notre incarcération. Au bout du couloir, c’est l’endroit où l’on nous a tiré le portrait, en face, la salle des relevés d’empreintes. Luuk est assis sur une chaise, souriant. Le gardien nous mets côte à côte, relève les bandeaux, puis nous désignant tous les deux : ”<em>Talk !</em>”. Un regard de mon compère et j’ai compris que pour lui, ça fleure bon la liberté. Nous levons les yeux vers notre geôlier, celui qui a le plus de mal en anglais. “<em>Today bye-bye ?”</em>, avec un signe de la main ? “<em>Yes, yes, bye-bye”</em>. Une bouffée de joie m’envahit, mais il est encore un peu tôt pour la laisser éclater. Luuk est mené chez le médecin, il sort au bout de 5 minutes, et est mené dans la petite pièce connexe, celle où l’on nous avait demandé de nous désaper. A mon tour. Le docteur me regarde par dessous, derrière ses lunettes rondes : “<em>Physic, good ?</em>”. “<em>Yeah yeah, physic good !”</em>. Puis, mettant un index sur sa tempe, et le faisant tournoyer comme pour désigner un fêlé : “<em>Good ?</em>”. “<em>Yes !, mental, good !”</em>. On prend mon poids, je fais deux cabrioles pour lui arracher un sourire. On me mène à mon tour dans la petite pièce, où je retrouve avec joie mes fringues. Je tâte la money pocket de mon fut’ : la SD Card est toujours là, avec ses 4 mois de vidéos intactes. J’entends quelques exclamations ravies de Luuk : en sortant, dans le bureau du fond, je vois nos affaires sur une table. Mon PC. Je ne pensais pas qu’ils me le rendraient, les cochons. Je récupère ma caméra, mon passeport, mes sous, mes clopes, mon sac à dos. J’allumerais l’ordi plus tard, là c’est un peu déplacé, j&#8217;espère qu&#8217;il l&#8217;ont pas bousillé. Signe un doc comme quoi, rien ne manque.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<div id="attachment_800" class="wp-caption aligncenter" style="width: 517px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/Mana-Neyestani-liberation.jpg"><img class="size-large wp-image-800 " title="Mana Neyestani liberation" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/Mana-Neyestani-liberation-634x1024.jpg" alt="Mana Neyestani liberation" width="507" height="819" /></a><p class="wp-caption-text">©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
<p>Le gardien nous redépose dehors. Nous demande ce que nous allons faire : on va descendre à Ispahan, Tabriz, Persépolis, sans doute. Le visa de Luuk s’est expiré pendant la détention, un peu de galères administratives en perspective. Nous discutons tous les deux à mots couverts, rien de bien franc tant que nous sommes dans l’enceinte de la prison. Notre geôlier nous fait signe de nous taire, précipitamment, rabat les bandeaux. Des flics entrent, discutent à haute voix. Ils nous embarquent, nous flanquent dans le gros Trafic… Nous nous sentons quitter l&#8217;enceinte d&#8217;Evin.</p>
<br/>
<p>20 minutes plus tard, l’un des flics nous retire nos <em>no-shesh</em>, nos menottes. Nous sommes entourés de six hommes armés de fusils mitrailleurs. Vaudrait mieux qu’effectivement, on nous libère… Mais rien ne laisse présager un piège : notre escorte est détendue, se fait des blagues, nous pose les questions habituelles en <em>Baby English</em>. Je partage ma dernière orange avec Luuk. Une bonne heure d’embouteillages plus tard, le véhicule s’aventure sur la place Khomeini, nous vérifions alors que notre point de chute est bien notre hôtel, et demandons à ce qu’on nous laisse là, parcourir les cinq cents derniers mètres à pied. “<em>Non, non&nbsp;&raquo;”</em>, insistent-ils, “<em>On vous dépose devant”</em>. L’envahissante gentillesse des iraniens n’a d’égale que leur insensée paresse lorsqu’il s’agit de marcher deux minutes : alors c’est parti. Notre boulevard est en sens unique, à contresens, alors le fourgon s’engage dans des voies parallèles bondées, bloquées, surchargées. Téhéran est l’une des villes les plus propices à susciter des suicides collectifs parmi le corps de métier des urbanistes : un développement époustouflant, incontrôlé, sur fond d’inexistence, jusqu’à il y a peu, de tout transport public. Cinq cents mètres. Encore une grosse heure de perdue. Je tâte nerveusement le paquet de clopes au fond de ma poche : ces gars là me rendent fou, la nicotine est ma seule obsession désormais. On arrive enfin devant l’hôtel de Luuk. On se rabat dans la circulation anarchique… La porte qui coulisse. Une poignée de main parce qu’on est poli tout de même, un bond, un geste d’au revoir du bout des bras, le minibus s’ébroue et repart dans le flot déchaîné.</p>
<br/>
<p>Nous le regardons disparaître de notre vue avant de sauter dans les bras l’un de l’autre, de soulagement, de joie. On vérifie que tout va bien. J’allume ma première clope (une Bahman, 3000 livres iraniennes le paquet, c’est du <em>cheap</em>) : elle est immonde, je crache mes poumons. Luuk me dit que c’est peut-être l’occasion d’arrêter. Oui, c’est vrai, mais celle là j’en ai trop rêvé, pas question. J’apprécie les dernières bouffées. Evidemment, nous sommes dans le noir total en ce qui concerne l’appréciation de notre situation, ici, dans le monde libre. Nous nous décidons alors à aller voir nos hôtels respectifs, pour réserver une chambre, vérifier qu’ils aient bien conservé nos affaires. Puis nous nous retrouverons devant histoire de filer à l’Internet Café, rassurer nos parents, pour peu qu’ils se soient inquiétés de notre absence. Ensuite, un super repas à l’Armenian Club, en plus ils devraient pouvoir nous fournir une bouteille de pinard <em>au black</em> eût égard à notre situation. Les ambassades sont fermées : nous nous y rendrons dès demain matin. Puis, en fonction de que nous diront nos différents interlocuteurs, pourquoi pas reprendre la route ensemble ?, nous avons tous les deux désormais la même idée en tête : aller voir les sites principaux en Perse Centrale, et mettre les bouts vite vite pour l’Inde en choppant un vol dans le Golfe Persique. Rendez-vous dans dix minutes.</p>
<p>A mon hôtel, je découvre un tenancier content de mon retour. Il me singe le passage de la police, puis “<em>France embassy, France embassy”</em>. Oui bah plus tard la <em>France Embassy</em>, tu comprends, là, elle est <em>closed</em>. L’homme insiste, je prends congé et récupère mon sac, en lui demandant de me dégotter une piaule. L’américain descend. L’américain, c’est un iranien, mais il a vécu deux petites décennies aux Etats-Unis, s’installant avant la Révolution, pour revenir dans son pays de naissance il y a quelques années. Cinquante ans, mais la silhouette bedonnante usée, cassée, une barbe grise éparse et des cheveux courts sous une casquette fatiguée. J’avais déjà discuté avec lui avant la taule, dans ses yeux vifs s’allume une petite lumière dès qu’il peut parler anglais. Et il est volubile, avec un accent yankee-persique, assez indéchiffrable. Les chicots qui lui restent semblent plantés aléatoirement dans ses gencives. Il m’explique qu’un représentant de l’ambassade de France est passé par ici et a laissé un numéro de portable, à rappeler. Que je dois 100$ pour la chambre et la garde du sac (d’où mon tenancier content de me voir), et un tips au garçon qui m’a fait ma lessive. <em>Nice</em>. Je double-tips le garçon (qui m’a sans doute piqué ma clé MP3, le veule), branche mon ordinateur et l’allume. Je veux vérifier qu’ils n’ont pas touché aux données : on dirait que c’est le cas. Même mes photos d’Israël sont toujours là ! Bon, l’ambassade. La réception est déjà au téléphone avec mon sauveur. Il m’informe que leurs services passent me récupérer, avec mes affaires, je dormirais en Terre Française. Chouette. Je remballe mon fatras, récupère le numéro de l’hôtel de Luuk : idem de son côté. On se tient au courant par email. Je passe 20 minutes à fumer clope sur clope, en laissant croire à l’américain que je comprend ce qu’il me baragouine, alors que je n’en saisis pas un traître mot.</p>
<br/>
<p>Deux concitoyens viennent me chercher. Je ne sais pas s’il serait bien malin de nommer ou de décrire ceux que j’ai été amené à rencontrer à partir de  ce moment là, je vais donc m’en abstenir… Ils s’attendent probablement à récupérer un traumatisé, un gars qui resterait proscrit dans un coin murmurant “C’est pas moi, c’est pas moi…”. Histoire de ne pas laisser le doute s’installer, à la première question, “<em>Tu as besoin de quelque chose ?”</em>, je leur demande de la coke et des putes, histoire de fêter dignement cette sortie de prison avec les deniers du contribuable. Eclats de rire. Ces mecs sont sympas, ainsi que les autres membres de l’ambassade. Dans la voiture aux vitres fumées, je décris brièvement les faits, ou ce que j’en connais. Ils me confirment qu’ils ne savaient pas le motif de mon interpellation, pas plus que mes parents. Ils me tendent un téléphone, je peux joindre la maison, quelques instants, car nous franchissons déjà la porte de l’allée de l’ambassade.</p>
<p>Mes parents ont été prévenu de ma libération, aussi, lorsque je les ai au téléphone, c’est le soulagement qui prévaut. Je leur brosse un portrait sommaire, de tout ce qu’il peut y avoir de rassurant dans mon aventure. Après tout, je n’ai pas été maltraité, affamé, battu ou que sais-je encore. Je ne suis resté enfermé “que” deux semaines. Le plus dur aura été le manque d’information, si j’avais été informé (et si tout le monde avait été informé) que mon incarcération durerait quinze jours, j’aurais rongé mon frein, mais l’épreuve aurait été plus surmontable. Je m’inquiète ensuite de leur sort : comme toujours, la force de ces deux là n’aura de cesse de m’étonner. C’est pas qu’ils aient passé des moments facile (<em>bon débarras !</em> :) ), mais me connaissant assez bien, ils savaient que j’avais les ressources pour tenir. Ce qu’il leur fallait donc faire aussi. En bons connaisseurs des régimes à la con, et de la culture moyen-orientale &#8211; mes vieux sont voyageurs, et ont vécu en Egypte, Irak, et Arabie Saoudite entre autre -, ils savaient qu’il ne leur servait à rien de paniquer, que l’intrigue pouvait avoir un dénouement plutôt inattendu, mais probablement heureux, pour un ressortissant occidental. Ils se trouvèrent même à rassurer des membres de la famille, des amis et voisins moins au fait. Très fier de retrouver cette force de caractère familière, je les plantais là en leur promettant de les rappeler plus longuement. Je jetais mon sac dans la chambre qu’occupa longuement Clotilde Reiss, puis fût invité à débriefer tous l’embrouillamini.</p>
<br/>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Prison Iran - Jardins Ambassade de France Teheran" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranJardinsAmbassadedeFrance.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Jardins Ambassade de France" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranJardinsAmbassadedeFrance_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Jardins Ambassade de France" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Les jardins de l’Ambassade de France, sous la neige et la lumière hivernale…</p></div>
<br/>
<p>Je vous ai bien tartiné l’ensemble du récit. mais à cette occasion, j’appris aussi quelques tuyaux. Tout d’abord, le lieu de notre interpellation. On nous avait parlé de <em>Zone sensible</em> lors de nos interrogatoires ; il s’avérait en fait que le carrefour où nous fûmes arrêtés était situé à l’angle d’un pâté de maison, très surveillé. C’est ici que se trouve la villa de l’ayatollah Khamenei, le Guide Suprême (et successeur de Khomeini, premier Guide Suprême en 79, ne pas confondre). Effectivement pas le meilleur endroit pour sortir le laptop. En se fondant sur <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">mes repérages solaires approximatifs</a>, nous déterminons que j’ai ensuite été conduit Evin, un établissement pénitentiaire renommé… La question de mon avenir se pose : on me recommande de repartir au pays. Une solution que je ne rejette pas, mais je préfèrerais reprendre la route, avec le père Luuk éventuellement. En Iran ? On me le déconseille vivement. Pourquoi pas sauter directement en Inde alors ? Je décide, sur leur avis éclairé, d’en discuter avant tout avec mes parents.</p>
<p>Je demande à me rendre sur Internet : j’ai une foultitude de mots de passe à changer. Facebook, emails, puis, comme tous utilisent le même code, l’ensemble de mes services web y passent. Sur le réseau de Zuckerberg, sur Twitter, ou dans mes messages, je reçois une foultitude de mots de soutien, beaucoup de paroles gentilles pour ma famille, mes parents. Pas question d’y toucher maintenant, je fais le dos rond. Sur Facebook, mon père a annoncé ma libération, ça commence à être bien relayé. Je mets le tout hors ligne, recommande de faire profil bas à tout le monde. Ne sachant pas si mes moyens de communication sont espionnés, inutile de provoquer les autorités iraniennes au motif de laisser éclater ma joie online.</p>
<p>J’arrive sur l’une de mes très vieille adresse email, la “Voila”. Rentre l’ancien password. Une notification, en français, s’affiche : mon compte doit être réinitialisé, ne l’ayant pas visité depuis plus de 6 mois. Normal pour moi. Etonnant de la part des iraniens : je pensais qu’ils avaient vérifié tous mes <em>secret emails</em>. L’enquête n’a pas dû être bien profonde. A la réflexion, je n’ai même pas pensé à demander un papier à ma sortie, un justificatif, n’importe quoi, prouvant notre remise en liberté en bonne et due forme, après blanchissement. Il n’y a aucune trace tangible de cette parenthèse de bagnard. Je n’ai pas eu de jugement à ma libération, rien. Une enquête bâclée… Est-ce que j’ai fait quinze jours de taule “préventive”, 15 jours “de garde à vue” ? Faut pas faire ch… le régime. Un comportement déviant, et hop, 15 jours à l’ombre, ça le calmera. Allez savoir.</p>
<br/>
<p>Le personnel de l’ambassade de France n’est pas vraiment de cet avis, et je les comprend. Pour eux, c’est un emprisonnement d’abord tout à fait illégal, n’ayant même pas été notifié de ma rétention ; et ceci peut survenir à n’importe quel moment dans un pays très risqué. Pas de bile à me faire sur mes photos d’Israël, ils les auraient trouvé de toute façon. J’objecte que, bien planquées, et comme ils n’avaient pas à les chercher outre mesure, j’aurais pu m’éviter ces mésaventures. On me répond qu’ils auraient dégotté les photos, qu’ils nous auraient interpelé pour d’autres motifs. L’Iran est un pays dangereux avec un régime oppressant peu respectueux des droits et libertés, publiques et individuelles. Force est de m’incliner, ils connaissent mieux le dossier que moi. Ils ont très peur du passage d’autres touristes, tartinent la page de recommandation des Affaires Etrangères de rouge et d’ “Attention danger”.</p>
<p><em>Après le roman que je viens de vous délivrer, je ne peux pas leur donner tort. S’il faut reconnaître, et <a title="Aperçus perses" href="http://www.f0ll0w-me.fr/apercus-perses/trip">j’y reviendrai</a>, que l’Iran est un pays magnifique, à la population magique, leur système politique est indubitablement l’un des plus dangereux et inconstant de la planète. Seuls les voyageurs chevronnés devraient s’y rendre, hommes de préférence, après avoir bien vérifié de ne contrevenir à aucune loi locale, d’être absent d’Internet, et encore !, en sachant que toute rencontre avec un représentant de l’autorité peut être prétexte à de sérieuses emmerdes pouvant très mal se finir, quand bien même vous n’auriez aucun tort à vous reprocher. Il faut se tenir à l’écart des substances ici illicites, en premier lieu l’alcool, et ne pas parler trop librement aux autochtones : les services secrets ont des yeux et des oreilles partout. Je ne suis pas partisan de couper du monde une population opprimée non plus, et la présence d’étrangers fait un bien fou à de nombreux iraniens. Mais le danger est réel, omniprésent, constant et facétieux. Evidemment, tout  individu en relation avec ma personne risque de sérieux problème, surtout si nous avons communiqué par mail (cet individu risque surtout de ne pas se voir accorder le visa, de toute façon). Pour ma part, je serais dans le premier avion à destination de Téhéran une fois la République Islamique renversée, ce qui se produira de mon vivant, à n’en pas douter, vu l’archaïsme de ce régime et la volonté de changement de nombreux iraniens.</em></p>
<br/>
<p>Mon tour d’Internet est rapidement interrompu : on m’invite à me joindre au repas officiel, “grignote” organisée autour du passage d’entrepreneurs français en Perse. Dans les salons de réception aux grandes portes vitrées, aux plafonds hauts, ornementés de fresques, d’angelots, de lustres en cristal, aux murs richement habillés de panneaux festonnés, et dont la teinte claire reflète les lumières chatoyantes ; dans ces salons s’étale un buffet somptueux, un banquet de rois, éparpillé dans de grands plats ronds &#8211; j’aperçois des quenelles -. J’ai à peine pris le temps de mesurer l’écart avec le tableau que m’offrait la veille, cette cellule grise avec une barquette en aluminium, la cuillère en plastique, accroupi au sol, que je suis déjà le nez dans mon assiette. J’ai repris du riz, je suis pas rancunier. Il y a même du vin, un picrate qu’est pas sorti d’la cuisse à Jupiter. On fume une clope entre le fromage et le dessert, on est détendu pour un bâtiment officiel. Les convives sont franchement sympathiques, quand ils ne parlent pas boutique, et, en prenant des gants, s’enquièrent un peu de mes aventures. On m’apprend un peu ce qu’il se passe “dehors” : Ben Ali se serait fait éjecter, il a peut-être pris un avion direction Djedda. C’est fou.</p>
<p>Peu avant minuit, me voilà seul. Tiens donc. Pour la première fois depuis longtemps. Mais cette parenthèse sociale m’a fait un bien fou. Je fume une clope d’abord… On m’a donc refilé la piaule qui abritait Clotilde Reiss. Bon y a pas à dire par rapport à ma cellule. Mais même par rapport à toutes les chambres d’hôtels miteuses que j’ai pu rencontrer ces précédents mois, ou par rapport à (feu) mon appart, y a pas photo. J’ai quatre pièces pour moi, distribuées par un couloir. Dans la cuisine, les cuistots m’ont laissé du pâté en croûte, deux croissants, de quoi faire le petit déj. Il y a du café, du thé, un grille pain… Quel bonheur. La salle de bain: un chiotte à l’occidentale !, et une vraie douche qui tient la route. De l’eau chaude, bien sûr. Clean. Place au salon, avec une petite TV, branchée sur le satellite. Y a TV5 en français. Canapé, table basse, corbeille de fruit, cendar. La chambre dispose d’un grand et confortable plumard. Et d’un téléphone. Il est temps d’appeler l’Auvergne. Puis ma frangine. Une cousine, un ami. J’ai assez abusé de nos impôts pour m’en arrêter là. Un retour en France s’impose, mes vieux y tiennent : ça se fera par le premier avion, on m’avait parlé du mardi matin je crois.</p>
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<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Prison Iran - Suite Clotilde Reiss Ambassade de France" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranSuiteClotildeReissAmbassadedeFrance.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Suite Clotilde Reiss Ambassade de France" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranSuiteClotildeReissAmbassadedeFrance_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Suite Clotilde Reiss Ambassade de France" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">C’est assez bien foutu cette piaule, faut admettre !</p></div>
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<p>Ce qui me laisse le lendemain, lundi, à passer ici, “enfermé&#8217;” à nouveau. Je suis pas enfermé, d’abord je suis super libre de me balader dans l’enceinte de l’ambassade, ensuite, j’ai le droit de sortir, mais on me l’a fortement déconseillé. Mais bon je m’en fous, c’est un terrain immense pour une journée. Et déjà !, ces quatre pièces me suffisent amplement. Douche. Puis salon, le PC est branché, il est temps de me venger sur quelques jeux vidéos, clope au bec. TV5 Monde en fond, desfois que. Et le temps passe en oscillant de l’un à l’autre. 4h30, je décidé d’aller me coucher. Mais là début une émission assez bizarre. C’est un belge, passionné de rhododendrons, qui part visiter des congénères au Canada. Fou. Une émission sur les rhododendrons. Avec l’accent belge ET l’accent québécois. C’est trop énorme. Il faut que je reste devant l’écran.</p>
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<p>Si je cite cette anecdote (véridique), c’est pour mieux expliquer à quel point, ce soir là, n’importe quoi me passionnait. J’avais subi un tel sentiment de privation, que tout prenait soudainement un intérêt insensé. Je ne faisais trop rien pourtant. Mais je rouvrais de vieux jeux vidéos, cinq minutes, puis j’y restais une heure. Je regardais une scène de film (pour voir si elle était bien comme je me l’imaginais, depuis la prison), avant de regarder la moitié du long métrage. Je remplissais des grilles de sudoku, tout en levant le nez pour contempler &#8211; et pour la peine avec une réelle passion &#8211; les maniaques du rhododendron énumérer les espèces sub-équatoriales du plateau Kenyan.</p>
<p>L’électricité sautait dans la cuisine alors que j’allais chercher une énième cafetière pleine, puis dans le salon peu après. Vaille que vaille, je tirais une fragile rallonge depuis la chambre, fruit de toutes les multiprises collectées dans les murs. 6h. On m’a dit qu’à sept heures du matin, je pourrais aller faire joujou sur Internet dans les bureaux : autant attendre. C’est donc victime (consentante) d’une nuit blanche que je me retrouvais à <em>geeker </em>toute la matinée durant. Lors d’un petit repas à la cafét’, on me rappelle que ce soir, l’ambassadeur de Hollande, sa famille et Luuk passent dîner avec nous : chouette. Plutôt que de piquer un roupillon, je passe mon après-midi en vaines et délicieuses occupations, encore.</p>
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<p>Nos invités se présentent. L’ambassadeur de Hollande et sa femme parlent parfaitement français, et Luuk, malgré sa modestie, n’est pas en reste. Même leur jeune fils s’y entends déjà dans la langue des Lumières, et ce n’est pas sa première langue étrangère. Les néerlandais sont bénis : leur langue est tellement repoussante qu’ils en acquièrent de nombreuses autres, avec brio, dès le plus jeune âge. Apéritif détendu, toujours dans les riches salons de réception… J’aide notre jeune invité à se débarrasser de quelques niveaux de Mario sur sa Game Boy (le pauvre n’a pas encore saisit l’intérêt de la touche “courir”), encouragé par ses exclamations enjouées. A table, j’en apprends un peu plus sur comment Luuk a vécu l’aventure de son côté, passablement de la même façon. On lui a rasé sa barbe rousse débordante en taule, il a l’air beaucoup plus jeune, une trentaine d’années tout au plus. Son quotidien a été peu ou prou le même, ses interrogatoires nettement plus capillo-tractés, puisqu’il n’a même pas mis les pieds en Israël. Il a tout d’abord nié savoir que j’y avais été, avant de leur avouer que je le lui avais révélé ce fait dans la voiture, lors de notre arrestation. Il a eut pas mal d’emmerdes avec son visa, tout le monde confondant sa date limite d’entrée sur le territoire iranien avec sa date limite de séjour… Mais bon, tout était en règle de ce côté là. Plus déroutant, il était à deux doigts d’une tentative de <em>bakchich </em>de nos gardiens. En effet, il était équipé d’une petite banane (y a bien que les hollandais pour continuer à en utiliser, je sais) glissée à même le corps, en bandoulière, et qui n’avait pas suscité de méfiance à la première fouille : le policier l’avait tâtée mais laissée en place. Dans le secret de la petite pièce où nous nous déshabillâmes, il la conserva sous son pyjama, et passa alors les 15 jours de détention avec 700 US$ sur lui ! Corrompre des fonctionnaires de l’administration pénale qui ne parlent pas anglais étant particulièrement délicat, il n’avait pas encore tenté d’en avoir l’usage, mais se le réservait d’ici à quelques jours… Il avait finalement été récupéré par son ambassade sans heurts, mais comme ces derniers n’ont pas eu d’affaire Reiss, il fut logé chez l’habitant, ce qui lui convenait tout à fait. Lui aussi avait décidé de rentrer rassurer sa famille, avant de repartir pour l’Inde, nous nous sommes donc convenu de nous retrouver là bas [et pour votre info, on s’y est raté, mais on a passé un mois ensemble en Thaïlande, entouré d'une belle brochette de joyeux drilles…].</p>
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<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Prison Iran - salons Ambassade de France" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranAmbassadedeFrance.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade de France" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/05/PrisonIranAmbassadedeFrance_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade de France" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Un petit bout des salons de l’Ambassade, eux aussi assez classieux…</p></div>
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<p>J’apprends enfin comment la nouvelle de notre arrestation s’est réellement répandue. Histoire incroyable. Les parents de Luuk ayant décidé de passer Noël en famille, ils avaient tenté les démarches pour un visa pour l’Iran, une opération extraordinairement complexe sauf si vous vous décidez à <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-turquie-du-nord-est/trip" target="_blank">le demander à Trabzon</a>, Turquie. On vous demande entre autre de fournir des relevés d’empreintes digitales, vos fiches de payes, votre parcours détaillé, un chèque de xx euros (ça dépend d’où vous venez, mais c’est souvent élevé), ainsi qu’une invitation par un local ! Pour se dépêtrer de ce merdier, le plus simple reste de faire appel à une agence spécialisée dans les visas, <a href="http://iranianvisa.com/about.htm" target="_blank" class="broken_link">iranianvisa.com</a>, par exemple. Ils vous aident à constituer le dossier, l’envoient à l’ambassade. Peine perdu pour les géniteurs de mon comparse : leur demande se voit refusée. Ces braves gens passent donc leur Noël à la maison, et font leur bonhomme de chemin jusqu’à ce qu’un nouveau mail vienne briser leur train-train : iranianvisa.com les informant qu’ils n’ont pas reçu le paiement (exorbitant) pour leurs services, vers le 5 janvier. Ni une ni deux, les hollandais leur répondent poliment d’aller se faire foutre ; ce à quoi ils reçoivent pour réponse un “Bande de …, c’est bien fait si votre fiston est en taule par chez nous”. Ce qui laisse entrevoir d’une fort belle façon le fonctionnement d’une boîte iranienne dont le cousin du dirigeant est au Ministère de l’Intérieur. N’ayant pas reçu de réponse à leurs <em>Happy New Year!</em>, les parents de Luuk prennent un peu peur quand même et en informent leur ambassade. Armé du Lonely Planet, ils repèrent l’hôtel où Luuk a posé ses valises, le moins cher. Le propriétaire les rassure : “Oui oui, j’ai bien un hollandais qui n’a pas pointé le bout de son nez depuis plus d’une semaine, et son sac est là. Mais pas de problème, il est aux mains de la Police. Ils sont passés la veille à un hôtel, juste derrière chez moi, récupérer le passeport d’un français disparu dans les mêmes circonstances !”. Les néerlandais prévinrent leurs alter-ego <em>froggies</em>, le bruit se répercutant jusqu’à chez mes parents par la suite. Ubuesque.</p>
<p>L’épouse de l’ambassadeur de Hollande récupéra auprès de ma guesthouse un papier vaguement officiel portant un numéro de dossier consécutif au retrait de mon passeport. C’est la seule mention officielle à ma connaissance de notre détention. Interrogées, les autorités iraniennes nièrent tout d’abord avoir mis sous les verrous deux occidentaux, avant d’admettre, mais de traîner des pattes pour nous mettre en relation. Armé de ce numéro de dossier, elle tenta (sans succès) de déterminer l’accusation portée contre nous, les conditions de notre interpellation et les possibilités de nous contacter, en arpentant des bureaux du Palais de Justice ressemblants à un croisement entre <a href="http://www.youtube.com/watch?v=IqhlQfXUk7w" target="_blank">The Ministry of Silly Walks</a><em> </em> des Monthy Python (Flying Circus) et la <a href="http://www.dailymotion.com/video/xafzxn_la-maison-qui-rend-fou-les-12-trava_lifestyle" target="_blank">Maison qui Rend Fou</a> des 12 Travaux d’Astérix.</p>
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<p>On renvoie tous le monde à ses pénates pas trop tard : Luuk décolle dans deux jours, moi, c’est demain, mardi matin, 6h. Soit départ au milieu de la nuit, l’ambassade m’affrète un chauffeur, ainsi qu’à trois autres français de la mission économique, qui décollent par le même avion. Il serait bon que je dorme un peu, d’autant que, comme j’ai pu m’en rendre compte lors du repas, la fatigue gagne du terrain. Déjà que pleinement éveillé, mon anglais reste un peu trop tâtonnant, j’avais multiplié les bégaiements et les hésitations au cours du repas. Mais je préfère me coller le nez dans le bouquin. Puis la téloche. Le PC. Le bouquin. Téloche. Je fais mon sac, regarde l’heure. Il me reste une heure et demi pour roupiller… A contrecœur, je mets le réveil, me couche à regret. Je m’agite et je n’arrive pas à trouver le sommeil. J’ai finalement l’impression de sortir d’un petit somme, mais le réveil n’a pas sonné… Je me lève d’un bond : ne pas rater l’avion !!! …je suis allongé depuis une demi-heure seulement. Et je n’ai définitivement pas envie de dormir.</p>
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<p>Je discute un peu avec l’accompagnateur de l’ambassade dans la voiture, je pense surtout à mon retour en France. Mon père a posé un congé, et mes parents viendront me chercher à Charles De Gaulle. J’ai une sacrée histoire à raconter dis donc.  Repasser à Paris, faire un saut à Angers. Préparer le départ pour l’Inde, dans un mois, ce serait bien, le visa expirera rapidement ensuite. Arrivé à l’aéroport, je suis surpris par la foule, le bruit, les conversations. A part ma brève attente, déboussolé, à l’hôtel, je ne me suis pas plongé dans la société civile iranienne depuis 17 jours. Les femmes voilées aux comptoirs donnent la réplique à des techniciens énervés qui s’efforcent de relancer le système informatique planté. Bordel iranien, policé, organisé, à cet aéroport qui est aussi la vitrine du pays. On nous annonce que l’avion atterrira en France avec du retard : notre vol direct fera escale au Danemark, “<em>parce qu’on a pas assez d’essence”</em>. Bordel ir… Bordel de merde. Je commence à être impatient de rentrer. D’abord, on a pas d’essence, en Iran ? Un pays qui a plus de pétrole que de flotte ? Mais bon, si l’Iran a du pétrole, brut, l’Iran n’a pas construit de raffinerie, depuis la chute du Shah. Normal. Et avec l’embargo, m’apprend-t-on, Iran Air, la compagnie nationale iranienne, n’est plus autorisée à acheter de l’essence sur les tarmacs de certaines nations. Et fait donc le plein où elle peut, sur la route, plus ou moins. A Copenhague. &#8216;chier.</p>
<p>Je me sépare de mes trois accompagnateurs pour monter dans la carlingue. Nous avons confié mon ordinateur au bagage à soute de l’un d’entre eux, au cas où les autorités iraniennes voudraient me chercher d’ultimes bisbilles. Mais pour l’instant, j’ai franchi la douane et tous les contrôles sans encombres. Je taille le bout de gras avec mes nouveaux compagnons, des entrepreneurs dans le bâtiment entre deux âges, qui ont de la gouaille et n’hésitent pas à en avoir l’usage. Sympas. Je m’installe dans mon petit siège, alors que la cabine est bien chargée. Ca sent bon la liberté tout ça : les moteurs démarrent. L’avion s’ébroue, va prendre place en bout de piste. Attend. Les moteurs ralentissent, s’arrêtent. Attente. Ils reprennent finalement, le temps pour l’avion de faire demi-tour. Un murmure parcours l’assistance tandis que nous sommes invités à rejoindre le terminal le temps de résoudre “un problème technique”. J’espère ne pas être le problème technique. Je ne m’attends plus qu’à voir des flics iraniens à la sortie, ce serait parfait.</p>
<p>Rien de tout ça bien sûr, mais une longue attente. Les techniciens fouillent les entrailles d’un réacteur… L’avion est un Airbus. Avec l’embargo, l’Iran ne peut plus acheter de pièces de rechanges, la flotte d’Iran Air tombe donc en décrépitude. La semaine précédente, un vol interne s’est écrasé, faisant 77 morts. Ca vaut peut-être le coup d’y vérifier à deux fois, effectivement. Mais comme toujours, on attend, sans information. Ca ne me stresse pas d’habitude, mais là, c’est intenable. J’ai trop pratiqué, ces derniers temps. J’ai pas mon PC bon sang… Heureusement, les iraniens décident que c’est trop long et autoproclament une zone “fumeurs libres” au bout du terminal. La compagnie nous file des plateaux repas. Des barquettes en aluminium. Bof. En milieu d’après midi, on nous informe que le vol est annulé.</p>
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<p>En Auvergne et alors que j’étais jeune, ce phénomène avait un nom, dont certains Grands Anciens conservent la trace. Ca s’appelait la <em>Doudou Touch</em>. Quelques personnes particulièrement échaudées (et/ou éméchées) me promettaient de consigner dans de grands volumes encyclopédiques les annales de ce miracle païen quotidien. La <em>Doudou Touch</em>, c’est une sorte de malchance insensée, implacable, inéluctable. Ou parfois juste un Générateur d’Improbabilités Infinies : si une chose ne peut pas arriver, car contredisant les lois de la Logique, de la Nature, de la Physique, ou des trois à la fois, alors elle m’arrivera. Son folklore se composaient de nombreuses histoires, de la malédiction frappant tous les moyens de transports animaux et mécaniques existants et que je chercherais à emprunter, à la fois où l’on m’avait abandonné pour mort dans les Combrailles. Et si vous ne connaissez pas le Puy-de-Dôme, croyez moi, il ne fait pas bon disparaître dans les Combrailles. La <em>Doudou Touch</em> s’est un peu atténuée avec les ans &#8211; ou alors, je l’ai intégrée -, mais là elle avait frappé un grand coup. Mes trois comparses s’en rendirent bien vite compte, m’affublant du surnom, bien mérité, de “Poissard” tandis qu’une voiture nous ramène à l’ambassade. Entre la récupération des bagages, le changement de réservation, il fait déjà nuit. Je rentrerai le lendemain matin tôt, avec une escale à Francfort, sans payer plus et heureusement car c’est pas l’Etat qui régale… Mes accompagnateurs partent eux dans la nuit, l’un d’entre eux, par prudence, avec mon ordinateur, qui passera donc quelques jours dans quelque reculée ville de province… snif. Moi, mon programme a un peu changé, après l’échec de ma récupération par mes pauvres vieux (qui ont fait le voyage vers Paris le cœur léger, et puis BIM!). Quelques jours à Paris, pour pouvoir croiser tous ceux qui m’ont laissé un mot sympa. Puis direction Clermont, rassurer les parents, me rassurer.</p>
<p>En attendant, nous allons nous rassasier à l’Armenian Club, le meilleur restaurant de la ville, et juste en face de l’ambassade de France comme par hasard. Puis comme les autres convives repartent prendre leur vol, je me retrouve là encore à bouquiner et à traîner. L’expérience de la nuit dernière m’a appris qu’il n’était même pas la peine d’essayer de dormir, tellement l’envie m’en manque. Pourtant, les symptômes de l’épuisement sont là, je bégaie, je ne marche pas droit, j’ai du mal à lire ou à me concentrer. J’ai du mal au téléphone tandis que j’organise un petit pot pour mon retour (je ne dois pas communiquer par Internet). Mais j’ai encore tellement de temps à rattraper ! Le sourire aux lèvres, je me trouve de multiples occupations. Ma troisième nuit blanche passe vite -bon sang, on est mercredi matin, et la dernière fois où je me suis couché, c’était samedi soir. Dans ma cellule. Au sol.- . Le retour du chauffeur. Cette fois-ci, c’est la bonne.</p>
<p>Sac confié. La douane est franchie. Comme dans un rêve. Je demande aux français repérés la veille d’envoyer un SMS confirmant au personnel de l’ambassade que je suis bien monté dans l’avion. <em>Nous nous excusons, mais le vol direct Téhéran-Francfort fera escale à Vienne</em>…oui je sais, parce qu’on a pas assez d’essence.</p>
<p>L’avion est en bout de piste. Les réacteurs rugissent…</p>
<p>Je vais essayer de dormir un peu, en vol.</p>
<p>L’appareil s’arrache à la pesanteur terrestre.</p>
<p>Dans une boucle, un paysage blanc, je vois Téhéran. Plein nord, les contreforts enneigés qui enserrent la Caspienne retiennent des nuages épars en les clouant de leurs sommets.</p>
<p>Le soleil naissant s’élève rapidement  à l’Est tandis que l’avion prends de l’altitude. Puis nous lui tournons le dos, légèrement. De mon hublot, je vois les premiers rayons accourant du Ponant s’agripper, scintillants, à la carlingue. Cherchant à le retenir, à le clouer au sol, lui qui précipite le spectacle majestueux de Son lever.</p>
<p>A le ramener au sol iranien.</p>
<p>Ignorant leurs imprécations, l’appareil file rapidement à l’Ouest. <em> </em></p>
<p><em>Je rentre.</em></p>
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<p><em>* Pour ceux qui ont la mémoire courte (depuis le dernier article), Clotilde Reiss est cette étudiante Française accusée d’espionnage en Iran en juin 2009, emprisonnée, puis cloitrée 9 mois dans l’enceinte de l’Ambassade de France en Iran. Cet épisode avait été fortement médiatisé, renforçant sa situation d’otage politique.</em></p>
<p><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip"><em>&lt;&lt;&lt; ARTICLE 1 &lt;&lt;&lt;</em></a></p>
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<p>Voilà. Je manque de mots (et pourtant j&#8217;en ai déballé !) pour remercier le personnel de l’ambassade de France à Téhéran, des personnes qui en plus d’avoir le don rare d’être extrêmement compétents, restent très accessibles, sympathiques et d’une compagnie précieuse. Merci à Philippe et sa bande pour les bons moments et le coup de main. Merci aux gens de la maison Chevalier pour m’avoir “couvert” dans la dernière ligne droite. Une pensée aussi pour la cellule de crise du Ministère des Affaires Etrangères, qui est parvenue à éviter que mes parents aient une attaque cardiaque (et merci d&#8217;avoir libéré Adeline). Merci à tous ceux d’entre vous qui ont eu le temps de me laisser un petit mot pendant mon incarcération :). Bisou !</p>
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<p><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-782" title="Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01-213x300.jpg" alt="Mana Neyestani Une metamorphose iranienne" width="213" height="300" /></a> Mana Neyestani a publié en 2011 &laquo;&nbsp;Une Métamorphose Iranienne&nbsp;&raquo; (Editions Ca et Là), où il raconte son séjour dans la même prison d&#8217;Evin. En 2006, son dessin d&#8217;un cafard utilisant un mot Azeri lui vaut trois mois de taule. Il connaîtra ensuite d&#8217;énormes difficultés, lors de sa fuite, pour trouver un pays d&#8217;accueil, la France lui accordant le statut de réfugié politique en 2010. </em></p>
<p><em>Allez <a title="Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani, Editions Cà et Là" href="http://www.caetla.fr/spip.php?article74" target="_blank">en apprendre plus sur sa bande dessinée</a>, et n&#8217;hésitez pas à vous la procurer ;).</em></p>
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		<title>Evin, la prison. Jour après jour&#8230; après jour&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Apr 2011 17:30:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Iranian jail]]></category>
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		<description><![CDATA[Résumé des épisodes précédents :  lors d’une ballade à Téhéran, je suis interpelé puis jeté en prison au motif d’une visite en Israël, avec un routard hollandais, Luke. Complètement coupé du monde extérieur, sans moyens d’information, et après quatre jours d’interrogatoires, nous nous retrouvons donc à croupir en taule en attendant les résultats d’une ubuesque enquête portant sur notre appartenance au Mossad. Aucun espoir de sortie, on nous a tout juste notifié que notre ‘rétention préventive’ pouvait durer deux mois.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em><a title="Prison Iran - Ambassade USA" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/PrisonIranAmbassadeUSA1.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter" style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade USA" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/PrisonIranAmbassadeUSA_thumb1.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade USA" width="589" height="198" /></a> </em></p>
<p><em>Résumé des <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank">épisodes précédents</a> : </em></p>
<p><em>Lors d’une <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank">ballade à Téhéran</a>, je suis interpelé puis jeté en prison au motif d’une visite en Israël, avec un routard hollandais, Luuk. Complètement coupé du monde extérieur, sans moyens d’information, et après quatre jours d’interrogatoires, nous nous retrouvons donc à croupir en taule en attendant les résultats d’une ubuesque enquête portant sur notre appartenance au Mossad. Aucun espoir de sortie, on nous a tout juste notifié que notre ‘détention préventive’ <a title="La Maison Dorée de Sarmakand" href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">pouvait durer deux mois</a>.</em></p>
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<p>Etre accusé d’espionnage (ou simplement être occidental ?) comporte au moins l’avantage d’être à l’isolement, seul en cellule. Les quartiers de mon compère Luuk sont pratiquement en face des miens, et si nous ne nous voyons pas, nous pouvons nous entendre. A date, on ne se parle pas, car les gardiens ne sont pas loin. La cellule fait donc 3m sur 1m50, et à son petit coin WC séparé, d’1m sur 1m50. Il y a un verrou sur la porte du coin WC, ce qui veut dire que les lieux peuvent potentiellement accueillir plus d’un prisonnier. Dans “le grand espace”, le seul mobilier est constitué de trois couvertures élimées et d’un tapis de moquette, grossièrement découpé, dont les rebords s’agrippent aux pieds des murs gris. On peut se dire qu’une planche en bois ou un matelas auraient été les bienvenus, mais bon, pour avoir dormi chez l’habitant, la plupart des iraniens roupillent sur un tapis, à même le sol ; pas de traitement de faveur à attendre en ces lieux.</p>
<p>La journée débute habituellement par la douceur de la trappe de métal qui claque bruyamment, et d’un néon qui s’allume en clignotant violemment. Deux galettes de pain, et l’accompagnement. Deux jours sur trois, c’est un bout de fromage, sinon, c’est <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">confiture de carotte</a>, dommage. Cinq minutes plus tard, c’est l’un des meilleurs moment de la journée, avec l’arrivée d’un thé. A siroter doucement. Le plus lentement possible. C’est le moment de checker la date : fatigué, embrouillé, dans les premiers temps de ma mise à l’ombre, j’avais entrepris de noter les jours. En découpant deux gobelets de thé en 31 lamelles, j’avais fait un petit tas avec un nombre correspondant à la date. Une chance, j’avais été arrêté le 1er janvier, un samedi, il était facile de se servir de ce point de repère… bien que je commençais à m’inquiéter des années bissextiles. Mais le vilain gardien du vendredi entreprit, malgré mes protestations, de me débarrasser de mes lamelles, et ce faisant de mon premier calendrier.</p>
<p>Bref, en général, confiant dans ma réputation d’indécrottable lève-tard, j’essaie alors de me rendormir. Parfois, la prière du matin est alors diffusée à fond les ballons dans le couloir. Les geôliers branchaient, je crois, une téloche, en en poussant le volume au maximum, aléatoirement pour la prière de l’aube, du midi, ou du couchant. C’est toujours les mêmes chants, mais le prêche doit varier. On en sait rien, c’est en Farsi, et il n’y a aucun musulman dans le couloir de toute façon, juste Luuk et moi. Une obligation légale en République Islamique ? Le son dégueulasse est beaucoup trop fort, grésillements et clacs s’enchainent. On entends les 5 appels à la prière des muezzins des mosquées voisines, au loin. C’est nettement plus agréable, et donne une idée de l’écoulement du temps dans nos existences sans horloges, où l’on ne distingue la lumière naturelle que 2 à 3 heures par jour. Une fois, j’ai demandé à mon gardien à quelle horaire précise résonnent ces appels. Il ne m’a pas compris, ou avait trop peu de notions d’anglais pour pouvoir me renseigner.</p>
<p><span id="more-690"></span></p>
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<p>Vers 10h, 10h30, c’est l’heure de la sortie, “<em>gimnastik</em>” comme ils disent. Au début, c’est une demi-heure particulièrement agréable. Il fait frais, mais beau. Les gardiens nous sortent de cellule un par un, yeux bandés, ils nous donnent un “<em>capcha”</em>, une grosse doudoune plus impressionnante qu’efficace. On peut la plupart du temps relever légèrement le bandeau, pour voir nos pieds, et l’on n’est pas menotté. Il y a deux cours concomitantes, une grande et une petite, séparées d’un muret, lui-même percé d’une  porte métallique au sommet d’une rampe, et cernées de murs en briques rouges dont certains atteignent à peine deux mètres de haut. Les prisonniers sont répartis entre les deux cours d’une dizaine de mètres de large, et ne peuvent à priori que marcher sur une ligne. Il y a entre trois et quatre iraniens incarcérés dans d’autres bâtiments. L’un d’entre eux semble être là depuis longtemps, il discute avec les gardes.  Les autres marchent dans leur couloir, la tête baissée pour essayer de discerner leurs pas sous le bandeau. Avec Luuk, nous parvenons parfois à échanger quelques mots, lorsque nos tauliers sont de bonne humeur ou s’éclipsent, et que l’on nous sort simultanément dans la même cour, c’est à dire pas souvent. On essaie de discuter avec les geôliers aussi, mais ils possèdent à grand peine une trentaine de mots dans la langue de Shakespeare. Passé quelques minutes à m’émerveiller de sentir le soleil sur mon visage, j’essaie de courir un peu. Il faut se fatiguer, pour dormir le plus possible le soir venu, et ne pas se tourner et se retourner à la recherche du sommeil, à nourrir des idées potentiellement noires.</p>
<p>Passe une demi-heure. Retour en cellule. Parfois, un fruit ou un yaourt m’y attendent, que je mettais alors de côté en prévision d’un moment à occuper. J’en suis arrivé à instituer à ce moment là mon “Atelier Activité”. Les premiers jours, je m’entraine à faire l’équilibre. Merde, gamin (je mesurais alors 1m12 à tout casser, j’étais toujours le plus petit de ma classe), je faisais l’équilibre comme je claquais des doigts. Temps perdu pour temps perdu, autant essayer de me remémorer ma capacité à marcher sur les mains. J’étais en bonne voie d’y parvenir lorsque je me fis une bonne estafilade sous le pied, fin de l’aventure. Par la suite, ce fut atelier jonglage. Avec à peu près autant de succès : j’avais trois savonnettes, j’en volais une autre aux douches, puis en oubliais une. Luuk en fit de même, les gardiens ne sachant où trouver un savon me prirent l’un des miens, je maudissais mon batave de compagnon, et &#8211; jongler avec deux savons ne présentant pas grand intérêt -, je mis prématurément fin à ma carrière circassienne improvisée.</p>
<p>Ce moment là durait jusqu’à ce que le reflet du soleil, qui perçait les persiennes métalliques des ouvertures trapues situées au sommet d’une de mes cloisons pour étaler ses stries sur son vis-à-vis, termine sa course sur la lourde porte de métal, vers 11h30 sans doute. Enfin, les jours où la couverture nuageuse me permettait ce repère, du moins.</p>
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<div id="attachment_795" class="wp-caption aligncenter" style="width: 601px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-stries-lumiere.jpg"><img class="size-full wp-image-795 " title="Mana Neyestani stries lumiere" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-stries-lumiere.jpg" alt="Mana Neyestani stries lumiere" width="591" height="579" /></a><p class="wp-caption-text">Ces bandes de lumières qui rendent fou, ces journées interminables sans rien à faire... ©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
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<p>La bouffe arrivant tardivement, place à l’Atelier Culturalisme. <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">Mon credo résidant dans la non-pensée absolue</a>, de manière à ne pas m’épancher outre mesure sur ma fâcheuse condition de détenu, faire quelques exercices de gymnastique présentait un triple avantage : me fatiguer pour mieux dormir, rentabiliser mon temps (il faut admettre qu’il n’y a pas 36 moyens de le mettre à profit par ici) pour ressortir de prison fort comme un turc, et m’occuper l’esprit. A coup de 300 mouvements imposés pour chaque bras, à compter mentalement – lentement –, il y a de quoi occuper quelques heures. Armé de mes seules couvertures, je me retrouve donc à faire les cents pas en agitant mes membres rachitiques dans des trajectoires habilement calculées pour faire travailler tel ou tel muscle. Je m’inventais alors une douzaine d’exercices, plus pompes et abdos, à m’assener dans des quantités exponentielles. Jusqu’au jour où les courbatures me rattrapèrent (essayez de dormir par terre qu’on en reparle), voir même lorsque celles-ci gagnèrent chacune de mes articulations, j’occupais le plus clair de mon temps en déambulations… inutiles. En ressortant, conformément à ma physionomie pré-séante, je n’avais pas pris un gramme de muscle.</p>
<p>J’attendais épuisé, mais toujours en m’essoufflant et en rageant, que du clapier surgisse une barquette de bouffe en aluminium. Ce n’est toujours pas la panacée mais il n’y a pas non plus de quoi hurler à la torture. Presque systématiquement, la barquette est remplie de riz, plus exceptionnellement de lentilles, agrémenté d’une pièce de poulet, préparée différemment. Une banane, une orange ou deux kiwis. Ou parfois un yogourt (sans sucre, il faut s’employer alors à en chourer lors des tournées de thé, ou se résoudre à le mélanger au riz, ce qui n’est pas si mauvais). La qualité est basique, bien que le plat soit préparé, et non “micro-ondé” ; et la quantité y est.</p>
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<p>S’ensuit une petite heure où je finis mes exercices. Puis une ballade, à nouveau. La sortie, bien que yeux bandée, est certes plaisante les premiers jours. Mais quand rien ne va, rien ne va. Alors la neige s’en mêle rapidement. Et à compter de mon cinq&#8217; ou sixième jour de détention, un tapis blanc a recouvert le jaune pourrissant des feuilles mortes. Personne ne sait qu’il neige en Iran. Pourtant, Téhéran est l’une des rares capitales qui s’offre le luxe de desservir ses stations de ski… en métro.</p>
<p>Ca fait rire les gardiens. Moins les prisonniers, en claquettes et en pyjama. Dans un premier temps, comme les flocons s’acharnent de leur flot nonchalant, la neige n’est pas balayée. Luuk, de ses pas, écrit son nom, en grosses lettres, tandis qu’il est seul dans la grande cour. Notre geôlier s’esclaffe. Moi, je marche dans la petite cour. Trois arbres sont plantés en son centre. A mesure que je décris donc mon &laquo;&nbsp;double 8” habituel en cheminant entre leurs troncs, la névé, qui torture de son froid la plante des pieds chaussées de seules sandales, fond sous mes pas, devenant un cloaque d’eau glacée toute aussi blessante. Les lendemains, elle se mue en agglomérat de glace, qui s’éclate en plaques sous de petits coups répétés du pointu. Puis la nuée s’arrête, et nos surveillants dégagent à la main, à l’aide d’une large pelle en plastique, les amoncellements des jours précédents, creusant de ténus sillons. Un par prisonnier. Chacun son rang. Les arbres s’ébrouent en avalanches gelées qui choient parfois sur nos épaules. Les dernières giboulées passent. Un gardien m’offre sa pelle, et trop content de trouver un motif à m’épuiser, je balaie toute la cour. Bataille de boules de neiges yeux bandées, avec Luuk, dans le tempo qui nous éclipse à la vue des gardiens faisant leur ronde : une discipline à inscrire aux Jeux Olympiques. Cette première se conclut par un match nul, France : 3 ; Hollande : 3.</p>
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<p>Retour en cellule, retour à mes exercices physiques. Une fois, j’ai trouvé une mouche à mon retour. La Mouche (il faut prononcer les majuscules, comme dans le titre du film de Cronenberg…). Jamais rien découvert d’aussi énervant, à part peut-être la confiture de carotte. Rien pour l’éclater : les sandales restent en dehors de la cellule. J’ai mes mains, point barre. Quand est-elle entrée ? Et surtout, plus que tout, qu’est ce qu’elle fout là ? Qu’un être vivant, libre, volant sans contrainte, choisisse de son plein gré de venir s’enfermer dans ma geôle, juste pour m’énerver ??!? Bourdonnement interminable, lancinant… Je perds des heures à la poursuivre. Combien de jours ça peut vivre comme ça, une mouche adulte ? deux ? trois ? Elle sortira pas, c’est sûr.</p>
<p>Elle avait disparu le lendemain, mystérieusement.</p>
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<p style="text-align: center;"><a title="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/n0c0mmentd0ntf0ll0wme1.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter" style="display: inline; border: 0pt none;" title="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/n0c0mmentd0ntf0ll0wme_thumb1.jpg" border="0" alt="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" width="178" height="359" /></a></p>
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<p>Le soir tombe vite en ces courtes journées d’hiver, la lueur diffuse que laisse passer mon ouverture se meurt et s’éteint. La lassitude s’installe, la fatigue, pas vraiment. Alors pour empêcher les pensées d’affluer, j’instituais mon Atelier Chorale.</p>
<p>J’avais cinq chansons à mon répertoire, dieu(x) soi(en)t loué(s). De Brassens, je possédais <em>L’orage</em> (classique) et <em>Les Oiseaux de Passage</em>, une sympa. <em>Les Passantes</em>, mon hymne,<em> </em>me revint en quelques minutes. <em>Framboise</em>, de Boby Lapointe. Et <em>Cayenne</em>, beuglée par les Amis de Ta Femme, tellement de circonstance. Le <em>Laisse Béton </em>de Renaud ralliait ce répertoire après quelques jours d’un intense triturage d’axiomes ; puis <em>Hexagone</em> : ingrat que je suis, j’insultais la France de mon trou, en attendant -<em>Deus Ex Machina</em>- qu’elle vienne m’en tirer. Une bonne douzaine d’autres rengaines me revinrent partiellement, dont certaines ritournelles quasi-complète. Dans mon désespoir, j’allais jusqu’à tenter de faire remonter quelques mélodies de Tryo à la surface, sans grand succès. Quelques Beatles, Doors et Ben Harper dans un anglais gloubi-boulga approximatif, comme toujours. A force de les répéter, des bribes de paroles me revenaient, par à coups. Un problème qui ne se posera sans doute jamais pour les 7 chansons connues exhaustivement, ci-dessus listées, et dont je n’oublierais plus un vers, à l’avenir. 7 chansons, ça peut paraitre peu. Mais pour ceux d’entre nous qui ne se sont pas essayé à une carrière musicale (là c’est tricher), essayez pour voir de combien d’entrées se composent votre répertoire. Texte intégral. Comme ça. Là.</p>
<div id="attachment_798" class="wp-caption aligncenter" style="width: 552px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-enfermement.jpg"><img class="size-full wp-image-798" title="Mana Neyestani enfermement" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-enfermement.jpg" alt="Mana Neyestani enfermement" width="542" height="406" /></a><p class="wp-caption-text">©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
<p>Je les récitais tour à tour, sur un rythme lent, histoire de faire durer ce moment. En marchant, si possible. Continuer à me fatiguer. Luuk me piqua sans vergogne le concept. Il connaissait quelques chansonnettes, et en tendant l’oreille, je l’entendais de sa cellule. Nous fîmes quelques tentatives pour chantonner de concert, <em>Let It Be</em>, ou <em>Yesterday</em>. L’oreille collée à la trappe, j’essaie d’attraper les paroles des couplets manquants. Peine perdue, le son est trop ténu. Luuk m’apprendra par la suite qu’il ne les connaissait pas : il plaquait sur les mélodies des paroles de son crû.</p>
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<p>Un jour sur deux, en temps normal, j’ai le droit à la douche. Là aussi c’est un chouette moment de mon quotidien. L’eau est chaude, et je peux y rester longtemps. Dans la petite cabine individuelle, on peut se désaper loin de l’œil des gardiens, heureusement. En France, pour quelques grammes de cannabis, on m’obligea à m’accroupir à poil avant d’être foutu en garde à vue. Extrêmement humiliant. Rien de tel ici, dieu merci. Les lieux sont très propres. Toutes les deux douches, je fais une petite lessive de mes affaires, avant d’en prendre de nouvelles, sèches, sur le porte-linge.</p>
<p>La salle d’eau fut le théâtre de ma séance épilatoire le premier samedi, au soir. Yeux bandés, on me fait asseoir sur une petite chaise d’écolier brinquebalante. Alors qu’il termine ma barbe, j’entends le barbier couper le rasoir, puis me faire comprendre, en braillant un truc et en tapotant ma moustache, qu’il souhaite savoir s’il doit la raser, ou la tailler ? Ah bah tiens, une question que j’m’y attendais pas. C’est que je m’étais laisser pousser une belle ’stache faut dire, depuis l’Irak, pour me marrer, et d’autant que l’occasion s’en présentait dans ces pays aux goûts étranges. Je demande à ce qu’on me la rase, dans l’optique d’être rappelé devant un représentant de la loi iranienne. D’abord pour ressembler un poil plus à ma photo de passeport, et ensuite, parce que, merde, un moustachu de toute façon ça fait douteux. Espion en plus. Non mais c’est juste trop cliché. Pourtant, lorsque la lame s’attaque à mon tablier de sapeur, je me met à sourire en pensant, dans le cas où je serais <em>Clotilde Reiss-isé</em>*, aux photos des articles d’hebdos, aux images de cet abruti de moustachu enfermé en Iran. Ca me fait curieusement rire. Je me marre nettement moins 20 minutes après, lorsque mon gardien me ramène en cellule. Ce c** de barbier m’a aussi coupé les cheveux. Enfin, un coup de tondeuse, plutôt. Merde, après m’être entiché d’une crête de punk pour mon départ, puis m’être tondu les cheveux à Ankara, je commençais enfin à avoir la longueur nécessaire pour ressembler à un vieux hippy mal soigné, juste ce qu’il me faut. Là, j’ai pas de miroir, je sais pas à quoi je ressemble, je pense pas que mon coiffeur a eu son BEP, et mon geôlier me pousse dans le couloir. Je lui demande ce qu’il en pense, “<em>What look like ?</em>, <em>What look like ?”</em>, et lui, levant le pouce en signe d’assentiment “<em>Nooo, good ! good ! Look Germany</em>”.</p>
<p>Enfoirés.</p>
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<p>Comme toujours depuis Stockholm, ils sont sympas, nos gardiens. Bon on les connait pas très bien non plus. Ils sont deux, principaux, affectés à notre couloir, et normalement quand on est avec eux, on peut relever le bandeau, parfois complètement. Il y a un petit moustachu joufflu qui rigole parfois. Quand son visage se ferme, ses traits se crispent, ses sourcils se durcissent. Ca lui arrive s’il s’énerve, parfois, mais surtout quand il ne comprend pas. Et il ne comprend pas grand chose, en anglais tout du moins. J’essaie bien d’apprendre quelques bases de Farsi : je ne suis sorti du kurdistan iranien que depuis quelques jours, et je n’ai pas eu le temps de mémoriser plus de dix mots en perse. Mais nos deux compères ne sont pas de très bons profs.</p>
<p>Yacine, le second gardien, est un peu plus didactique. Yacine a donné son nom, une fois, à Luuk [bon, je vous rassure, je n’ai pas mis son vrai nom dans l’article]. C’est lui le plus anglophile de nos interlocuteurs, pas beaucoup de vocabulaire, mais une fois, il vint même en promenade avec un dictionnaire Farsi/Anglais ! C’est le plus sympa aussi, grand, pour un iranien, grisonnant, il a l’air un peu émacié mais est doté d’une sacrée poigne. Il ne se met pas en colère, souris tristement, parfois. Il adore Jean Reno, surtout dans <em>Léon</em>. Il aime bien la France, et son cinéma, mais pas les allemands, car ce sont des nazis. <em>Bad nazis,</em> au pays aryen &#8211; le terme <em>aryen</em> désigne originellement les habitants du coin, et a donné son nom à la nation moderne, ‘Iran’, remplaçant l’appellation antique de ‘Perse’ -. On taille pas le bout de gras autour d’un saucisson/pinard non plus, mais, de temps en temps, il peut répondre à nos questions, dont la plus redondante : “<em>We go police ? Today ?”</em>. C’est qu’on est pressé de se blanchir. La réponse est “<em>No”</em>, systématiquement. C’est lui qui m’apprends quelques termes dans sa langue, lui avec qui je mets au point le fameux <em>no-shesh</em>. <em>Shesh</em>, ça veut dire “yeux”, en arabe, me dit-il. <em>No-shesh </em>désigne le bandeau, qui m’accompagne à chaque sortie, qu’on accroche à la porte dès le retour en cellule. Luuk tente de tirer un peu profit de sa sympathie. Il demande un jeu d’échec, il voudrait jouer contre les gardiens, à travers la trappe. Refus amusé. Il demande un Coran, en anglais. Pas con ! S’il y a un bouquin qu’on peut nous transmettre, ici, c’est bien celui-ci. Et puis c’est pas inutile d’avoir lu le Coran une fois dans sa vie. Yacine se creuse un peu. Il lui fait comprendre qu’il va voir. Ce sera une fin de non recevoir, quelques jours après…</p>
<p>Notre routine est brisée le vendredi. Le vendredi, c’est le dimanche musulman, si vous l’ignoriez, <em>Al Jumua</em>. J’attends mon premier vendredi avec impatience. Un jour sacré, on aura peut-être droit à quelque chose de spécial, je sais pas moi, une sortie plus longue, un repas original, un atelier broderie ??!? Que dalle. Le vendredi, nos deux Thénardier sont en week-end. Le mec qui les remplace doit être le balayeur, en tous les cas ça doit pas être un gardien de métier. J’ignore si nous le rendons nerveux, mais il se comporte en véritable enfoiré. Avec lui, la sortie, c’est yeux hermétiquement bandés, sans un mot, et tête baissée, comme il se plaît à nous le rappeler avec de petites tapes sur la nuque. Le cuistot aussi est en congé, alors pour la bouffe, c’est du réchauffé. Le soir, on a un sandwich “à composer soi même”, avec quelques ingrédients froids et une pochette plastique de ketchup. Putain de vendredi.</p>
<p>Le premier vendredi, il me transmet un aspirateur, pour le tapis de la cellule. Il m’observe depuis la trappe du haut de la porte, celle à hauteur d’yeux, le couloir plongé dans le noir, en recul, pour que je le vois pas. Au centre de la cellule, contre le mur, la tète de l’aspirateur cahote sur quelque chose. Intrigué, il me passe mon <em>no-shesh</em>, entre, me fait accroupir dans le coin opposé, soulève le tapis. Découvre ma première tentative d’évasion.</p>
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<p>Tant qu’à être un espion, autant aller jusqu’au bout du concept. Sitôt derrière les barreaux, mon idée fut d’en tester l’herméticité.</p>
<p>Concernant ma geôle, le tour fut vite fait. Les points de sortie : les ouvertures trapues, en hauteur, barrées à l’extérieur de persiennes métalliques, à l’intérieur d’un grillage lourd, sur des gonds, fermées d’un gros verrou. Pas beaucoup d’outils, exclues les cuillères en plastiques qui accompagnent mes repas : restent un balai à chiotte édenté, une toute petite pierre pour prier si on a perdu la direction de La Mecque, et, plus intéressant, la chasse d’eau de mon chiotte turc, une petite barre métallique griffue que je retirais en desserrant l’écrou, puis remettais systématiquement en place. J’essayais de gratter les rebords cimentés des grilles, un boulot pas discret, et fructueux au terme de plusieurs années d’acharnement, à vue de nez. Et n’est pas l’Abbé Faria (confère <em>Le Comte de Monte Cristo)</em> qui veut. Les bouches d’aération sur le mur opposé sont situées “en hauteur”, ce qui dans des critères iraniens s’élève aux environs d’1m90. Elles ressemblent à ces bouches que l’on trouve sur le pont des paquebots, rondes, grillagées, avec une très longue vis à la tête plastique circulaire, noire, en plein centre… J’en dévisse une à moitié (faudrait pas que la grille tombe tout de même). L’ouverture n’est de toute façon pas assez large pour que je m’y glisse, et il doit y avoir de grosses pales quelque part, mais ça me fournit une arme au cas où. Midnight Express merde. J’entreprends de tailler le manche de ma brosse à dent dans le même but, comme dans les films, lorsqu’on m’en donne une. On me la retire quelques heures plus tard : elle demeure hors de la cellule. Non, ma meilleure arme est sous le tapis. Pour vérifier, j’ai mis le sol à nu la seconde nuit. Intrigué, je vois qu’une bande de ciment traverse sa largeur, aux deux tiers de la longueur environ. Une canalisation ?, un câble ? Ca ne coute rien de gratter. Avec la barre de la chasse d’eau, en silence, j’attaque le ciment qui s’arrache en gros blocs à la lueur ténue de la veilleuse. Absolument inutile, le mortier n’excède pas 5cm d’épaisseur. Je me rends compte avec horreur qu’un mur s’érigeait ici auparavant : il y avait deux cellules en lieu et place de la mienne, sans doute sans chiottes, de 2m sur 1m50. Pour l’évasion, c’est râpé. Mais au moins, j’ai une arme : les blocs de ciment effrités, d’un bon poids, à balancer dans la gueule d’un agresseur, ou alternativement utilisable en arme de poing, enfermés dans un sac plastique renfermant originellement le petit déjeuner (et j’en ai plein ma cellule, alors en grève de la faim, je stocke mes petits déjeuners dans le coin le plus éloigné et hors de vue de la porte). Néanmoins, j’ai la quasi certitude que l’usage d’une arme se retournerait contre moi une fois arrachée : je me sens bien incapable d’y avoir recours sérieusement. Mais bon. Cela doit de toute façon demeurer caché. Je remets donc les blocs de ciment en place, grossièrement, comme si le ciment s’était fendu puis pété à force de marcher dessus. Le gardien du vendredi tombant dessus, alla chercher un outil contendant, arracha les derniers amas de béton, emballa le tout dans un grand sac et m’en débarrassa. Sans que j’en sois chagriné : passés les premiers jours, je ne me sens pas mon intégrité physique menacé.</p>
<p>Ne m’attendant pas non plus à l’intervention d’un hélicoptère Apache et d’un commando de secouristes sur-armés, une tactique un peu éculée en Iran, je scrutais les frondaisons des murs de la cour autant qu’il m’était possible. Nos bâtiments en barraient un plein côté. Les murs dans la largeur renvoyaient, d’un côté, vers le bâtiment où la police nous interrogeait, de l’autre dans l’allée principale à priori. Le mur dans sa longueur était le plus prometteur. Une antique machine à filtrer l’eau hors d’usage était apposée contre ses briques dans la grande cour : trois bonds, et je jouais les filles de l’air. De la petite cour, moins surveillée, je pouvais grimper facilement sur la rampe, puis de là sauter, d’une traction, sur le muret séparant les deux espaces de promenade. De l’arrête de son sommet, je pouvais ensuite facilement courir jusqu’au grand mur, et le franchir à son tour. Pour trouver quoi, derrière ? Un geek désarmé en cavale dans une prison perse, vous lui donnez combien de temps ? Si je sors en pyjama-sandales sous la neige dans un pays où personne ne parle anglais, je cherche à contacter l’ambassade où à franchir une frontière en stop ? Bon de toute façon il me faut déjà vérifier du mieux que je peux : tandis que les gardiens tournent dans la grande cours, je me hisse le long de la rampe d’accès, soulève mon bandeau et enfile mes lunettes d’un même mouvement. Il y a un bâtiment en construction au loin, à 5km environ. Très haut, il ne ressemble en rien à un bâtiment carcéral. Mais entre les deux affleure le sommet d’un autre mur ; difficile à évaluer avec la distance, mais il doit faire au moins 4m de haut. Je te parie qu’il n’y a pas de prises là-dessus.</p>
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<p>Pas d’affolement de toute façon. Les évasions, c’est pour les désespérés. C’est “au cas où”. Au cas où on commencerait à m’expliquer que je vais rester ici 10 ans. Entretemps, autant faire des trucs utiles dans ce sens, donc repérer au maximum les lieux. Malheureusement, à compter du 5 janvier, mon quotidien allait se réduire drastiquement à tourner sur le triangle cellule-cours-douche, la salle d’eau attenante au carré des gardiens. On passe le 10 janvier : entre ma web-absence, la récupération de mon passeport, les témoins que la police voulait contacter pour l’enquête, mes vieux doivent être avertis, l’ambassade sur les rangs. Ce n’est qu’une question de temps. Tenir 2 mois, après, on verra. J’ai conscience que soixante jours à ce train là, ce sera dur. Putain, il me faudrait un contact avec l’extérieur, rien que ça, l’ambassade. Ne PAS penser.</p>
<p>Là.</p>
<p>Mieux&#8230;</p>
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<p>J’y mets de l’application, mais le soir venu, tandis qu’on me réclame ma barquette en aluminium vidée de son riz-poulet, c’est pas évident. La nuit est tombée depuis un bout de temps. J’ai chanté, toutes mes chansons, trois fois, j’ai fais des exercices à la con, j’ai même jonglé, je viens d’aller pisser (20 secondes d’occupées), j’en ai vraiment marre. Bordel que ces journées sont longues, sans un bouquin. Longue et lente, comme cette article. Je passe la ou les deux ultimes heures me séparant du second et dernier service de thé généralement assis sur mes couvertures. A laisser un peu plus libre cours à mes pensées. Bien obligé. Je pense à mon blog, c’est con de couper maintenant, tiens, ça commençait à décoller. Faudrait que je fasse ça, et ça, et ça, à ma sortie (je n’en ai rien fait) (et pour la petite histoire, je l&#8217;ai complètement abandonné par la suite, après avoir cramé mon PC). Je vais avoir un bel article à faire. Peut-être deux. Je ferais des grosses vannes à base de confiture de carotte. Essaye de penser à autre chose qu’à la taule, stp. Alors j’égrène dans ma tête le nom de toutes les villes, de tous les boss de Final Fantasy 7, un vieux jeu-vidéo. Je dresse des listes d’armées à Warhammer, un jeu de stratégie, avec des estimations erronées en points de la valeur de mes troupes : je ne connais plus les dernières règles par cœur, comme il y a dix ans. Je cherche à me souvenir de tous les châteaux, toutes les créatures d’Heroes of Might and Magic 2. Je pense aux prisonniers politiques, non loin, je me dis qu’ils savent pour quelles nobles raisons ils sont là, qu’ils n’ont pas d’espoir de sortie. Je verserais une petite obole à <a href="http://www.amnesty.org/fr/donate" target="_blank">Amnesty International</a> en sortant quand même (faîtes-en autant si vous me lisez). Ne pas penser à la prison, bon sang. Je reprends les étapes de mon voyage, posément, unes par unes, en faisant remonter des images. Je me bénis d’avoir fini <em>Le Père Goriot</em> le 31 décembre au soir, tard dans la nuit. Si je n’avais pas eu connaissance des 100 dernières pages, ça aurait été un cauchemar intolérable que d’attendre ici. Je remets en usage un exercice que je faisais quand je m’ennuyais sur les bancs de l’école puni au premier rang : les racines carrées mentales, jusqu’à la seconde décimale. Racine carré de 2 731 034 ? entre 1652,58 et 1652,59. Un bon quart d’heure / vingt minutes de gagné avec ces chiffres.</p>
<br/>
<p><em>Chaï</em> (thé). Pour sucrer le thé, les iraniens mettent un bloc de sucre aggloméré entre leurs incisives, puis aspirent le breuvage bouillant du bout des lèvres. Je préfère chourer une cuillère en plastique et sucrer mon thé, à l’ancienne. On peut leur reconnaître qu’ils ont un bon thé, en Iran, et en prison c’est le même. Le verre en plastique se gondole sous le poids de l’eau brûlante. J’attends qu’il refroidisse. Attendre encore. Encore combien de temps ? Connerie de photos d’Israël : je pense que j’ai laissé le répertoire multimédia ouvert, j’avais repris les illustrations d’un article du blog la veille. Ou peut-être même que c’était sur le bureau. Pourquoi j’ai pas pris 20 minutes pour faire un zip de tout ça ?, avec un mot de passe ? Renommer le fichier “<em>system.dll”</em>, le planquer dans un répertoire de Program Files ?</p>
<p>J’essaie de ne pas penser, tandis que j’aménage une couchette avec mes trois couvertures. Dormir. Pas penser. A mes parents, ce qu’ils doivent vivre. A ma famille, mes amis… Ca fera marrer tout le monde quand je serais de sortie. Corniaud. Ne pas penser à Luuk, qui fait son lit à quelques mètres d’ici. Se dire qu’il vit ça par ma faute, quelque part. Parce que j’ai pas fait assez gaffe. Le gardien passe le voir, récupère sa brosse à dent, éteint sa lumière, ils essaient de se comprendre pour le chauffage. Il faut couper le chauffage. On pèle en hiver, mais c’est toujours mieux que de s’endormir dans ce vrombissement. Des fois, ils nous entendent, d’autres fois, tant pis.</p>
<p>Il passe, éteint, la veilleuse prend le relai de sa lumière maladive. Je me couche. Fais chier… une clope. Au moins ça. Je clame à haute voix : “Je suis en taule en Iran, et y a même pas un connard pour me vendre du chit ?”. Seul l’écho répond. Connerie de photos. Connerie de prémonitions, dans la bagnole, devant le commissariat : “<a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank">Au pire, ils me collent deux semaines à l’ombre</a>”<strong>.</strong></p>
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<div id="attachment_793" class="wp-caption aligncenter" style="width: 579px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/neyestani-murs-prison.jpg"><img class="size-full wp-image-793  " title="neyestani murs prison" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/neyestani-murs-prison.jpg" alt="neyestani murs prison" width="569" height="286" /></a><p class="wp-caption-text">©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
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<p>J’ai un nouveau calendrier. Tous les matins, en me levant, et en attendant que mon thé refroidisse, j’allais dévisser l’écrou de la chasse d’eau, je saisissais la petite barre de métal, et j’éraflais d’une barre la peinture du mur, discrètement, en secret, au dessus de la porte de mon coin WC.</p>
<p>Et tous les soirs, en me couchant, je m’impatientais d’ajouter une barre le lendemain. Mais non, ce serait seulement demain matin, mon p’tit plaisir. Demain, je graverais une nouvelle barre, toute seule, après le troisième bloc : demain, le 16 janvier. Ca fera quinze jours que nous sommes là. Quinze barres.</p>
<p>Quinze de ces longs jours interminables. Sans nouvelles de l’extérieur.</p>
<p>Quinze jours où je n&#8217;ai vu, pratiquement, que ces six mètres carrés.</p>
<p>Cela fait dix jours que je n’ai pas rencontré la police.</p>
<br/>
<p>Rencontré qui que ce soit.</p>
<p>Parlé.</p>
<br/>
<p>Bonne nuit.</p>
<br/>
<br/>
<br/>
<p><em>* Pour ceux qui ont la mémoire courte, Clotilde Reiss est cette étudiante Française accusée d’espionnage en Iran en juin 2009, emprisonnée, puis cloitrée 9 mois dans l’enceinte de l’Ambassade de France en Iran. Cet épisode avait été fortement médiatisé, renforçant sa situation d’otage politique.</em></p>
<br/>
<p><em>Evin est très probablement le nom de l’établissement pénitentiaire où j’ai été enfermé.</em></p>
<br/>
<p><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip"><em>&lt;&lt;&lt; ARTICLE 1 &lt;&lt;&lt;</em></a> <a title="La Grande Evasion" href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-grande-evasion/trip" target="_blank"><em>&gt;&gt;&gt; ARTICLE 4 &gt;&gt;&gt;</em></a></p>
<p><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-782" title="Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01-213x300.jpg" alt="Mana Neyestani Une metamorphose iranienne" width="213" height="300" /></a> Mana Neyestani a publié en 2011 &laquo;&nbsp;Une Métamorphose Iranienne&nbsp;&raquo; (Editions Ca et Là), où il raconte son séjour dans la même prison d&#8217;Evin. En 2006, son dessin d&#8217;un cafard utilisant un mot Azeri lui vaut trois mois de taule. Il connaîtra ensuite d&#8217;énormes difficultés, lors de sa fuite, pour trouver un pays d&#8217;accueil, la France lui accordant le statut de réfugié politique en 2010. </em></p>
<p><em>Allez <a title="Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani, Editions Cà et Là" href="http://www.caetla.fr/spip.php?article74" target="_blank">en apprendre plus sur sa bande dessinée</a>, et n&#8217;hésitez pas à vous la procurer ;).</em></p>
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		<title>La Maison Dorée de Samarkand*</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Apr 2011 05:52:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Résumé de l’épisode précédent :Au gré d’une ballade dans les rues de Téhéran, la police iranienne fouille mon ordinateur, puis me flanque en prison. Il semblerait que mon excursion en Israël ne soit pas des plus appréciée. M’y accompagne Luke, infortuné compagnon de voyage, qui lui n’a pas eu la chance de visiter le Pays où Coulent le Lait et le Miel…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a title="Prison Iran - Ambassade USA" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/PrisonIranAmbassadeUSA.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade USA" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/PrisonIranAmbassadeUSA_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade USA" width="589" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Je me répète mais trouver des illustrations, c’est pas évident…</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<br/>
<p><em>Résumé de l’</em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip" target="_blank"><em>épisode précédent</em></a><em> : </em></p>
<p><em>Au gré d’une ballade dans les rues de Téhéran, la police iranienne fouille mon ordinateur, puis me flanque en prison. Il semblerait que mon excursion incognito en Israël ne soit pas des plus appréciée. M’y accompagne Luuk, infortuné compagnon de voyage, qui lui n’a pas eu la chance de visiter le Pays où Coulent le Lait et le Miel…</em></p>
<br/>
<p>Un grand “BANG” métallique me réveille. C’est la trappe de la cellule de Luuk qui se referme. La mienne qui s’ouvre à la volée, pour laisser le passage à un sac plastique qui contient deux disques de pain enrobant un petit bout de “fromage”.</p>
<p>Le premier réveil en prison n’est pas des plus confortables. J&#8217;ai bricolé un lit et un oreiller avec mes trois couvertures, à même le sol. Il me faut quelques secondes pour me rappeler où je suis. Fort heureusement, la veille, l’épuisement m’avait permis de trouver le sommeil sans trop tergiverser. Et clairement, tergiverser, c’est pas ce qui peut m’arriver de mieux dans ma situation. Point rapide. Tout d’abord, en bon citoyen européen qui se respecte, on devrait pas me laisser croupir là <em>ad vitam</em>. Mais ça pourrait durer un brin. Bon. Primo, j’en saurais peut-être plus aux interrogatoires suivants. Secundo, si je veux sortir vite, il faudrait que l’extérieur soit prévenu. Je sais qu’à un moment où à un autre, mes vieux vont tiquer de ne plus me voir dispenser mes habituelles fanfaronnades sur le web. Lorsque ma petite frangine leur avait fait le coup d’aller cueillir des champignons dans un coin éloigné de toutes formes de télécommunication en Colombie, il leur avait pas fallût longtemps pour aviser de sa disparition aux services compétents, et ce malgré mes molles protestations du genre ”Mais non elle va très bien vous allez voir…”. J’avais eu raison mais mieux valait espérer que cette dernière [Ndr: ma frangine] balise un peu plus que moi sur ce coup là.</p>
<p>Mais allons, peut-être? que les iraniens me laisseront prévenir l’ambassade, allez savoir. Et peut-être même !, puis-je donner un coup de pouce. Ni une ni deux, je décide de me mettre en grève de la faim, là, tout de suite. Toute façon j’ai pas super faim, et vu le temps que ça va me prendre pour ressembler à un clou et faire paniquer qui que ce soit, vaut mieux m’y mettre tôt.</p>
<p>C’est à peine si j’entends que l’on sort Luuk de sa turne, perdu dans mes pensées où se projettent la future couverture de ma biographie : mon portrait auréolé d’une lumière blanche côtoyant ceux de Gandhi et Mandela. Cinq minutes plus tard c’est mon tour.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<div id="attachment_786" class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-interrogatoire.jpg" target="_blank"><img class="size-large wp-image-786  " title="Mana Neyestani interrogatoire" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/Mana-Neyestani-interrogatoire-736x1024.jpg" alt="Mana Neyestani interrogatoire" width="589" height="819" /></a><p class="wp-caption-text">©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
<p>Deux coups secs sur la porte, je me redresse. Ce n’est pas le même gardien que la veille, mais tout sourire, le petit bonhomme joufflu à moustache me tend le bandeau pour les yeux. Merde. On franchit le couloir, on prend à droite, pour se retrouver à l’extérieur. L’air frais qui pique, quelques marches qui descendent, une nouvelle porte qui grince… Le gardien me laisse là. Un autre type se pointe. Vu la façon dont il m’emporte, en me soulevant par un bras sans grand ménagement, je comprends que j’ai affaire à un poids lourd. Il me tire dans un autre bâtiment. Me pousse dans une pièce, j’entends la chaise qui racle le sol, la porte qui se ferme. <em>Take a seat please.</em> Je galère un peu. <em>You can take of your scarf.</em></p>
<p><span id="more-661"></span></p>
<br/>
<p>Bon c’est pas grand chez vous hein. Je suis assis à un bureau, le dossier de la chaise touche le mur du fond, ma bedaine est pressée contre le rebord de la table. J’ai bien fait de décider de me mettre au régime. Le peu d’espace restant permet à grand peine à la porte de s’ouvrir. Devant le bureau, une large vitre sans-teint, soulignée d’une petite fente. Deux stylos et un verre d’eau. L’interrogatoire commence. Deux flics : Costaud, qui m’a emmené, est flanqué de Grognon, qui me pose des questions à l’oral dans un anglais plutôt correct. Toutes mes aventures en Iran, pour commencer. Les gens que j’ai rencontré. Parfois, on me demande de rédiger les réponses. J’avais deux ou trois numéros de téléphone dans les poches, à l’interpellation, et quelques mails d’iraniens, ils me demandent qui ils sont, leurs adresses, comment je les ai connu, où, pourquoi. Comme je me souviens pas de tout le monde, ça bloque un peu. Puis mon voyage en lui-même. Israël. Comment suis-je entré avec un tampon israélien ?, je n’en avais pas. Pourquoi ?, j’ai demandé à être tamponné sur <em>free-paper</em>. Parce que je voulais venir ici, ainsi qu’au Liban, en Syrie…</p>
<p>On me félicite sur ma franchise. Je réponds que je n’ai pas trop le choix.</p>
<p>Je demande rapidement à parler à mon ambassade, ils me disent que ce sera le cas à la fin de l’interrogatoire, si je coopère. A la fin de l’interrogatoire, on me répondra que l’enquête doit avancer. Je les informe en deux/deux que je ne mange pas, sans détailler le concept de grève de la faim.</p>
<p>Le temps passe assez vite. On me renvoie. Grognon qui avait le rôle du “bon flic” me dit que je serais libre d’ici peu, que je pourrais reprendre mon voyage. Tu parles. Torture mentale, je te vois venir. On me tire le portrait, relève les empreintes digitales des dix doigts, les deux paumes, le gros orteil limite ? Yeux bandés, <em>of course</em>. Aveugle, je peux marcher 10 minutes dans une cour où se traînent les feuilles mortes au gré d’un vent morne. Je passe l’après-midi à réfléchir aux deux ou trois noms iraniens qui ne me disaient rien, à essayer de dormir. Je fais quelques pompes, à grand peine. On revient me quérir, retour au miroir sans teint. Ce coup-ci, Costaud reste à mes côtés, relève très légèrement le bandeau, me maintient le nez sur la feuille histoire que je ne le dévisage pas. Toute façon sans mes lunettes j’aurais pas pu voir grand chose. Je déchiffre. <em>List your email / facebook adresses and passwords. </em>Ah. Je m’insurge mollement, chez nous en France, la police elle fait pas ça comprenez. Le géant tape deux fois sur la table, fort, pour m’encourager à coopérer. Je chouine encore deux secondes histoire de réfléchir à toutes les conneries compromettantes que j’ai pu foutre sur Facebook. Mes emails, ils les ont déjà, mon Outlook n’est pas protégé d’un mot de passe, pas plus que l’ordi s’il s’éteignait. Grognon fait passer à travers la fente la réponse dûment complétée de Luuk à la même requête. Costaud ronchonne. Il n’y a rien d’affreux sur Facebook, à peine plus sur Twitter mais on ne me le demande pas. Toute façon il est public, le Twitter. J’obtempère en livrant mes deux principales adresses mails, et mes identifiants Facebook.</p>
<p>&nbsp;</p>
<br/>
<p>Je ne touche pas au dîner et j’exécute péniblement trois abdos pour me donner bonne conscience. En sirotant mon thé, je pense à mes vieux. Eux vont prendre cher, c’est sûr. C’est ce qui me mets le plus mal dans ma situation, parce que franchement, pour le reste, on peut pas dire que je sois à plaindre. C’est pas Byzance, mais c’est pas Midnight Express non plus ; film que je n’ai pas vu, mais dont tout le monde m’a rabâché les scènes cultes à l’énoncé de mes destinations et de ma fin, anticipée, dans les geôles d’un obscur pays de barbus. Bon bah j’y suis. Et y a pas de quoi pleurer. De toute façon, vu la tournure que ça prend, mon manque d’information, la méconnaissance totale de ce qu’il se passe à l’extérieur, et le temps que ça risque de prendre pour prévenir la cavalerie, je me donne une quinzaine de jours avant de penser à quoi que ce soit de négatif. Avant de penser tout court.</p>
<br/>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 198px"><a title="Free Doudou" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/FreeDoudou.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Free Doudou" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/FreeDoudou_thumb.jpg" border="0" alt="Free Doudou" width="188" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Alors qu’en France, des potes préparent ma campagne de soutien…</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<br/>
<p>Lundi 3 janvier, au réveil, je fais connaissance avec l’instrument de torture <em>number one</em> de l’administration carcérale iranienne. J’ai nommé… la confiture de carotte. Je me félicite de ma posture de gréviste de la faim en découvrant ce petit pot anodin au petit-déjeuner. J’en suis encore à me creuser sur l’identité et les motivations du premier qui a eu l’idée saugrenue d&#8217;ébouillanter cet innocent légume lorsqu’on vient extraire Luuk de sa cellule. Comme le geôlier mets plus de temps qu’à l’habitude pour venir me chercher, je m’inquiète de ce que l’on soit séparé. L’un dans l’autre, Luuk est là par ma faute, force m’est donné d’admettre que je m’en sens coupable. Une chouette hypothèse serait qu’il soit libéré. Sans compter qu’à l’extérieur on saurait où je suis. Mais il pourrait aussi être transféré, ce qui me meurtrit, car même si à date on a pas beaucoup la possibilité d’échanger, sa présence est plutôt rassurante…  Ni l’une ni l’autre en vérité, on m’emmène bientôt le rejoindre dans une sorte de gros Trafic, après une bonne trotte dans les ténèbres, menotté. L’engin démarre, et on nous demande de baisser la tête. Mais même ainsi, je sens quelques rayons de soleil sur mon visage. Rien d&#8217;épanouissant, mais pendant la grosse demi-heure de conduite, et de gamberge sur notre destination, je note que l’on doit se déplacer vers le Sud/Sud-Est. Maintenant je sais où est ma prison.</p>
<p>Notre destination c’est Téhéran, il n’y a qu’à entendre les klaxons et le bordel ambiant. On fait descendre Luuk, alors je m’assoupis sur la banquette. Quand on m’extirpe du véhicule, on me retire mon bandeau, avant de me mener dans le bâtiment. C’est un Palais de Justice, pas besoin de trop y traîner pour savoir instantanément à quoi ça ressemble. Je parle bien fort et en anglais à mes deux gardes du corps, et sachant pertinemment qu’ils n’y comprennent rien, je demande à ce que l’on prévienne l’ambassade de France de la présence de l’un de ses ressortissants en taule. Si seulement un badaud de bonne volonté parle anglais… On m’intime de la fermer.</p>
<p>Je suis introduit dans le bureau d’un petit juge avec un petit bouc. La quarantaine, peut-être moins. Un physique sec, nerveux, de petit chef. On me dit que je n’ai pas le droit de me retourner, et un traducteur, ainsi qu’un représentant de la police, prennent place dans mon dos. Et à nouveau les questions. Certaines sont des redîtes, mais quelques nouvelles viennent poindre le bout de leur nez. Parmi celles-ci, “Avec quelles Agences de Renseignement étrangères êtes vous en relation ?” m’arrache un sourire, mais elle ne fait pas marrer le juge. A nouveau, on me reproche d’être entré illégalement sur le territoire iranien, je démens. Je paraphe des réponses les plus longues et détaillées possibles, émaillées de demandes d’ambassade, pour de rire. Je serre les lignes, les mots, qu&#8217;on n&#8217;y ajoute rien post-témoignage. Là j’ai compris qu’on m’accuse d’espionnage, et que l’ambassade, j’y aurais pas le droit. Dans les dernières questions du lot surgit la redoutable “Vous opposez-vous à ce que l’on vous mette en détention pendant deux mois ?”. Alors là plus personne rigole. A l’oral j’explique que ça m’embête bien un peu quand même. V’voyez, quoi. Le traducteur me rassure : “T’inquiètes pas, c’est marqué deux mois, mais ce sera peut-être moins”. Bah oui mais bon. Puisque je suis pas de la DGSE ? Ah ? Ah non, on m’accuse d’être un agent du Mossad.</p>
<br/>
<p>L’entrevue terminée, nous sommes ramenés à la prison. J’ai encore matière à réfléchir, malgré ma ferme résolution de n’en rien faire. Rien de bien rassurant. En tous les cas je peux arrêter ma grève de la faim, je pense que les espions ont en ce cas les mêmes droits à la protestation qu’une oie gavée pour Noël, à la différence prêt que ces saloper### de volailles l’ont bien mérité. Je reprendrai devant les flics pour montrer ma bonne volonté. Il faut jouer à fond le jeu de l’enquête pour qu’ils me blanchissent, ce qui devrait pas être trop dur, vu l’accusation portée. Quoi que même si mon innocence est établie, je peux pas m’empêcher de penser que je pourrais être transformé en otage politique &#8211; et je pense à l’Aveu, de Costa Gavras, on pourrait me faire dire ce que l&#8217;on veut -. Ou que la police, trop contente de mettre la main sur un “espion”, n’aura aucune velléité de traiter l’affaire sérieusement pour pouvoir faire mousser un peu leurs bons résultats. Ou multitude de choses. Ne PAS penser. C’est mieux. Et non pas pendant les deux prochaines semaines. Mais les deux prochains mois.</p>
<p>La trappe du haut s’ouvre, c’est une question, et un stylo. Où est mon passeport ? J’ai déjà répondu trois fois à la question, à mon hôtel, dont j’ignore le nom, comme toujours. C’était en fait la <em>Mosaferkhaneh Amol Mazandaran</em>, facile pourtant non ? Je leur indique le chemin. L’excellente nouvelle, c’est qu’au moins quelqu’un, un hôtelier, va savoir où je suis. Bouffée d’espoir. Je demande à garder le stylo, refus. J’insiste. La porte s’ouvre violemment. Je rends le stylo.</p>
<p>Mais j’ai le droit à des nouvelles affaires : le passage chez le juge nous a intronisé “prisonniers à part entière”. Une brosse à dent, et du dentifrice, que je n’ai pas le droit de conserver en cellule. Un savon. On m’amène aux douches pour me remettre un polo et un short en coton, en sus du pyjama… Et j’ai le droit de me laver. Joie. Contrairement à la plupart des hôtels <em>cheap </em>fréquentés ces derniers mois, les lieux sont très propres, et l’eau est chaude. J’y reste longtemps. Trente minutes d’évasion…</p>
<br/>
<p>Cette nuit là, les gardiens de prison ne couperont pas le chauffage. Les immenses bouches d’aération crachent à balle pendant des heures. A titre de comparaison, vous pouvez toujours essayer de vous endormir dans un réacteur d’avion.</p>
<p>Il ne fait aucun doute que l’interrogatoire va reprendre. Le 4 janvier, pourtant, on me laisse pourrir en cellule. C’est <a title="Evin, la prison. Jour après jour… après jour..." href="http://www.f0ll0w-me.fr/evin-la-prison-jour-apres-jour/trip">ma première journée de prisonnier lambda</a>, ponctuée de mes trois repas, deux thés, deux ballades, je reviendrai sur ce quotidien. En manque de sommeil, j’essaie de rester éveillé, dans l’attente de l’interrogatoire. Mes pensées sont confuses. Je dors finalement par petites tranches, tout en continuant de bouder les barquettes de bouffe. Je rêve à des troupeaux de carottes qui s’épanouissent librement dans la nature. J’ai renoncé à la grève, et j’ai la dalle. Mes geôliers insistent un peu. Tant mieux, l’impression n’en sera que meilleure si je reprends devant les flics. N’empêche, je suis furieusement déboussolé, et fatigué. Je me rends compte que je perds déjà le compte des jours. J’ai du mal à “ne pas penser” (ma doctrine), à cause de ces longues plages horaires inoccupées. Personne pour me dire si les flics vont me convoquer ou non, les gardiens ne parlent pas anglais. Cette nuit là encore, je dors mal.</p>
<br/>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 224px"><a title="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/n0c0mmentd0ntf0ll0wme.jpg" target="_blank"><img class=" " style="display: inline; border: 0pt none;" title="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/04/n0c0mmentd0ntf0ll0wme_thumb.jpg" border="0" alt="n0c0mment - (d0n't) f0ll0w me" width="214" height="433" /></a><p class="wp-caption-text">Petite illustration gentiment réalisée par Maria, du blog n0c0mment :)</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>Le matin du 5 janvier, je me lève avec la drôle de pensée que “c’est ma fête”. La Saint Edouard. Bonne fête Doudou. Peut-être que mes parents vont m’écrire un mail, un autre trois jours plus tard pour me dire qu’ils savent bien que c’est pas toujours évident, mais qu’il faudrait donner signe de vie maintenant. Et ils alertent l’ambassade vers le 15 janvier au plus tard, si l’Iran ne l’a pas déjà fait, ce qui ne devrait pas être le cas.</p>
<p>Histoire que la fête soit complètement <em>Happy Meal</em>, après le petit déjeuner (boudé), on m’emmène retrouver Costaud et Grognon, devant mon miroir sans teint. Nouveau roulement de questions, le tout à l’écrit cette fois-ci. Ça commence fort avec <em>Give me secret email</em>, de Costaud, qui n’est décidément pas le plus à l’aise avec la langue de Shakespeare, mais qui compense avec d’indéniables compétences en martelage de table, comme il s’échine à nouveau à me le démontrer. Avant qu’il ne me fasse la démonstration que ces capacités de martelage peuvent s’appliquer à d’autres supports, je leur déballe toutes les adresses emails que j’ai jamais possédées depuis le forfait illimité AOL 56K, pour les nostalgiques.</p>
<p>Je retourne sur le terrain des iraniens que j’ai pu croiser durant mon périple. Ils s’en foutent un peu. Je m’inquiète pour mon passeport : ils l’ont. Bien. On me demande ce que j’ai fait ces dernières années. Là je deviens prolixe. Du bac à mon départ en voyage, j’entreprends de tout décrire. Un CV en plus long en fait. Le but, c’est de ne pas laisser une seule plage de quelques mois d’inactivité : j’ai pas fait mon CAP Espionnage, ou trouvé le temps de faire le stage du Mossad pour avoir mon Flocon ou ma Première Etoile, j&#8217;ai même pas tenté le BAFA. On ne m’interromps sur ce travail préparatoire à mon autobiographie que pour m’amener à manger. J’avale la barquette en un clin d’œil, tout en évoquant la confiance que j’ai dans la police à me blanchir d’une accusation d’espionnage, ce qui ne devrait pas être trop dur. Propos qui les laissent de marbre, bien sûr. On me demande si je veux me reposer. <em>No way</em>, je veux leur donner le maximum d’éléments d’enquête.</p>
<p>Après que je leur ai récité ma vie en long, large et en travers, ils reviennent sur le voyage. S’attardent sur mon étape israélienne, encore. Le Liban, le Hezbollah. Les kurdes. Date par date, ville par ville, hôtel après hôtel. L’Iran, puis ce que j’avais prévu par la suite. Je ne parle pas de mon blog, car il faudrait que je parle des vidéos, et de la carte SD que j’ai planqué. A priori tous ces souvenirs de voyages finiront entre leurs mains de toute façon. En relisant mon CV, Grognon me demande si je peux lui fournir les coordonnées de trois personnes pouvant confirmer mon passage dans ma dernière boîte : <em>heaven</em>, un nom qui sonne pas très hallal. Trop heureux d’obtempérer, je lui file les emails de trois ex-collègues, en me demandant comment les filtres anti-spams peuvent réagir à un mail “Bonjour, je suis la police iranienne, je détiens votre pote et j’aurais besoin que vous me donniez quelques infos…”. Mal, assurément. Heureusement qu’ils me font sans aucun doute encore marcher et qu’ils n’écriront à personne. En partant, yeux bandés, je fais une vanne, deux cabrioles et une grimace pour amuser la galerie. Grognon se marre (Costaud grogne, mais il faut pas trop lui en demander). Il me dit que je serais sans doute libre d’ici peu, encore. Je lui réponds que tous les flics que j’ai vu, depuis le premier moustachu à la circulation, m’ont affirmé la même chose.</p>
<br/>
<p>Ce soir là, j’ai droit à une douche. Je souris sous l’eau chaude, je suis plutôt content de ce que j’ai écrit aujourd’hui. Je pense à ce qui va venir par la suite tandis qu’on me pousse dans le couloir, yeux bandés, toujours. Les zones d’ombres que j’ai laissé. Comment réagir lorsqu’ils parleront de mon blog (avec mon Facebook, mes mails, ils tomberont dessus de suite). Je songe aux prochains entretiens, tandis qu’on referme la lourde porte derrière moi, à comment me blanchir, comment me justifier…</p>
<br/>
<p>Sans savoir que ce 5 janvier sera le dernier jour où je rencontrerais un représentant de l’autorité iranienne.</p>
<p>22 heures ?, extinction des feux.</p>
<p>Joyeuse fête, Edouard.</p>
<br/>
<br/>
<p><em>A suivre…</em></p>
<br/>
<br/>
<p><em>* La Maison Dorée de Sarmakand est un album d’Hugo Pratt où Corto Maltese traverse les naissants nationalismes qui bouleversent la Turquie et l&#8217;Iran pour délivrer Raspoutine d’une prison d&#8217;Asie Centrale, surnommée la Maison Dorée de Sarmakand. </em></p>
<p>Le blog N0c0mment, c’est par là : <a title="http://www.n0comment.fr/" href="http://www.n0comment.fr/" class="broken_link">http://www.n0comment.fr/</a></p>
<p><a href="../allez-en-prison-ne-passez-pas-par-la-case-depart-ne-recevez-pas/trip"><em>&lt;&lt;&lt; ARTICLE 1 &lt;&lt;&lt;</em></a> <a title="Evin, la prison, jour apres jour..." href="http://www.f0ll0w-me.fr/evin-la-prison-jour-apres-jour/trip" target="_blank"><em>&gt;&gt;&gt; ARTICLE 3 &gt;&gt;&gt;</em></a></p>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 4125px; width: 1px; height: 1px; overflow: hidden;">
<br/>
</div>
<p><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-782" title="Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01-213x300.jpg" alt="Mana Neyestani Une metamorphose iranienne" width="213" height="300" /></a> Mana Neyestani a publié en 2011 &laquo;&nbsp;Une Métamorphose Iranienne&nbsp;&raquo; (Editions Ca et Là), où il raconte son séjour dans la même prison d&#8217;Evin. En 2006, son dessin d&#8217;un cafard utilisant un mot Azeri lui vaut trois mois de taule. Il connaîtra ensuite d&#8217;énormes difficultés, lors de sa fuite, pour trouver un pays d&#8217;accueil, la France lui accordant le statut de réfugié politique en 2010. </em></p>
<p><em>Allez <a title="Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani, Editions Cà et Là" href="http://www.caetla.fr/spip.php?article74" target="_blank">en apprendre plus sur sa bande dessinée</a>, et n&#8217;hésitez pas à vous la procurer ;).</em></p>
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		<title>Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne recevez pas…</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2011 20:39:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Iranian jail]]></category>
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		<description><![CDATA[Ou “Comment finir en taule en Iran, pour Les Nuls”
…un exercice qui n’est sans doute pas d’une grande difficulté, et dont il existe un nombre de variables confinant à l’infini : boire ou acheter de l’alcool, consommer de la drogue, avoir une forme de relation quelconque avec une iranienne, par exemple. Je vais modestement livrer ma méthode, testée et approuvée, donc. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a title="Prison Iran - Ambassade americaine" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranAmbassadeUSA.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Ambassade USA" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranAmbassadeUSA_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Ambassade americaine" width="589" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Téhéran. L’un des plus célèbres graffitis qui ornent l’enceinte de l’ancienne ambassade américaine d’Iran. </p></div>
<p><em>Ou “Comment finir en taule en Iran, pour Les Nuls”</em></p>
<p>…un exercice qui n’est sans doute pas d’une grande difficulté, et dont il existe un nombre de variables confinant à l’infini : boire ou acheter de l’alcool, consommer de la drogue, avoir une forme de relation quelconque avec une iranienne, par exemple. Je vais modestement livrer ma méthode, testée et approuvée, donc. Pour rappel, j’ai eu l’immense honneur de passer 15 jours derrière les barreaux à compter du 1er janvier 2011 (bonne année, d’ailleurs).</p>
<p>Une histoire qui nous fait remonter quelques jours en arrière. Aux alentours du 26 décembre, je crois. Mes pérégrinations d’alors m’avaient emmené à Tabriz, une ville importante du nord-est du pays. C’est là qu’entres-autres je rencontrais, au détour d’une boutique de lampes et d’éclairages, le malheureux Luuk, hollandais roux barbu de son état. A cette description, vous vous dîtes que Dame Infortune avait déjà posé son gros vilain doigt sur le pauvre garçon dès son plus jeune âge, vous êtes loin du compte. Pas de pot pour lui, il eût fallut qu’en sus nous nous liâmes d’amitié à cette occasion (oui j’ai torturé mon Bescherelle pour trouver cette tournure cette phrase).</p>
<p>Nos chemins s’y séparèrent immédiatement, mais les routes des <em>backpackers </em>menant toutes à Rome, ou en l’occurrence, à Téhéran, nous nous y retrouvâmes au soir du 31 décembre pour célébrer la nouvelle année à la cathédrale arménienne, où par quelque volte-face étrange du calendrier, les locaux fêtaient une variante locale de Noël, même si pour eux la naissance du Christ intervient quelques jours plus tard. Un spectacle pas si exotique qu’espéré (<em>ndr : pour un athée, aussi ch… qu’une messe de Noël de cathos</em>) si ce n’est le contexte d’islamisme étatique dans lequel il prend place. Passons.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 313px"><a title="La cathédrale arménienne. Ce cliché, et le précédent, ont été emprunté à Anto, compagnon de route d’un temps, et auteur du très bon mais surtout somptueusement illustré blog LesPassengers" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranCathedralearmenienne.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Cathedrale armenienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranCathedralearmenienne_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Cathedrale armenienne" width="303" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">La cathédrale arménienne. Ce cliché, et le précédent, ont été emprunté à Anto, compagnon de route d’un temps, et auteur du très bon mais surtout somptueusement illustré blog LesPassengers</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p><span id="more-643"></span></p>
<p><em>Pour en savoir plus sur la vie des Téhéranais, je vous conseille un détour par <a title="Iranorama" href="http://webdoc.fr/monde-actu-internationale/iranorama-webdoc-iran/" target="_blank" class="broken_link">le webdoc Iranorama</a>.</em></p>
<p>1er janvier, 16h. Sur l’Iman Khomeini Street, l’imposante Bagh-e-Melli, une porte monumentale, attire l’œil. Belle architecture, décorations superbes, finitions travaillées. Première erreur, nous la franchissons pour faire quelques clichés, explorer la cour, rattraper l’avenue un pâté de maison plus loin. Ce faisant, nous ratons notre objectif : le Musée National iranien.</p>
<p>500 mètres plus loin, nous nous inquiétons donc d’avoir dépassé la bâtisse. A un grand carrefour, arrêt boisson/Lonely. Le guide de Luuk n’est plus d’actualité, du coup je sors mon petit PC pour mater la version pdf, comme d’hab, comme partout. Erreur fatale. Le flic de la circulation lève le sourcil, vient nous voir. Nous on a déjà fini, on remballe, on décolle. “Passports ?”. Ok. Je sors ma photocopie, Luuk son passeport où le tampon d’entrée, bien en règle, porte toujours à confusion en raison de sa date d’émission etc… Rien d’insurmontable. Mon compère essaie de faire la conversation, moi, j’aime pas bien sa tronche de moustachu à casquette. Il crache des trucs en farsi dans son talkie-walkie. Soit.</p>
<p>Se pointent deux barbus en civil dans une Lada. Super. “Come, come. Laptop ?”. Ils nous font monter à l’arrière de leur caisse. Game Over. “Jipi-esse?”. Non, je n’ai pas de GPS, je lui montre le pdf tandis que nous parcourons quelques mètres. Le bonhomme s’engouffre dans un bâtiment bas. Le chauffeur reste et s’emmerde ferme. Il teste notre farsi, peine perdue. Part discuter avec des militaires qui traînent leur kaki le long de la rue désertée.</p>
<p>Dernière conversation libre. On se marre à raconter des conneries avec Luuk. On essaie de prononcer convenablement des extraits du Phrase Book que j’ai récupéré par hasard. “Je n’ai pas acheté de drogue”. “Est-ce qu’on peut s’arranger ? Financièrement ?”. “Je veux parler à mon ambassade !”. Passe une heure.</p>
<p>C’est long. Je m’enquière de ce que peut se reprocher mon compagnon, rien, Luuk est une oie blanche. Pour ma part, j’ai bien fait quelques conneries, dit des choses pas très gentilles sur le régime par mail ou sur Internet. Je suis rentré dans le territoire avec deux cannettes de bière, c’est interdit, c’est con, je l’ignorais. J’ai trinqué au whisky avec des arméniens, l&#8217;avant veille. C’est sur la carte mémoire de la caméra, je l’en extrait, la met dans la poche de ma veste.</p>
<p>Deux heures qu’on poireaute. Je demande au chauffeur si je peux fumer, la vitre ouverte. Ok. Mes dernières clopes d’homme libre. J’aurais su, j’aurais bouffé le paquet. Ca va être encore long ? “No, no !”, dis le chauffeur. “Laptop”, avec un geste du doigt qui revient vers la bagnole, “and good by !”.</p>
<p>Trois heures. Bon. <a href="http://www.f0ll0w-me.fr/tel-aviv/trip" target="_blank">Je suis allé en Israël</a>. Des photos, des vidéos ? Bien sûr. Dans le PC. Quelques articles sur le blog. Rien de bien malin, rien de bien méchant non plus, je ne suis pas un grand supporter de l’Etat Hébreux, la condition palestinienne m’intéressait plus. Evidemment, j’avais obtenu le visa sur “free-paper”, entre autre pour pouvoir entrer en Iran. C&#8217;est une démarche vraiment unique en son genre : au prix d&#8217;un interrogatoire, d&#8217;une surtaxe, et d&#8217;un backchich aux douaniers jordaniens, on peut rendre son passage en terre hébreux indétectable, sans &laquo;&nbsp;stamp&nbsp;&raquo; local dans le passeport. Les vidéos sont assez bien planquées. S&#8217;ils tombent dessus, je sais qu’ils vont m’emmerder, interrogatoire, une nuit en taule. De toute façon je téléphonerai à l’ambassade. La France, merde. En bon affreux, je ne suis pas le dernier à cracher dessus, mais je suis protégé, je le sais. “Au pire, ils me collent deux semaines à l’ombre”.</p>
<p>Prémonitoire.</p>
<p>Quelque part.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Avoir l’air con, Acte I, le Mur des Lamentations…" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranMurdesLamentations.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="Prison Iran - Mur des Lamentations" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranMurdesLamentations_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Mur des Lamentations" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Avoir l’air con, Acte I, le Mur des Lamentations…</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>Trois heures et demi. Bon, y a un problème. Luuk sort son portable, est-ce qu’on appelle les ambassades ? On sait toujours pas ce qu’ils nous veulent, on n&#8217;a qu’à attendre. Si on est accusés de quelque chose, on demandera à les joindre. Ah ! Le bonhomme ressort avec mon PC. Palabre. Ils sont rejoints par deux hommes, une autre voiture, noire, vitres noires, garée derrière nous. L’un d’eux nous demande nos portables, me sort sans ménagement de la bagnole. La fouille est sommaire, il balance mes liasses de papelards,mes biftons, ma caméra, mes affaires, les clés de l’hôtel, sur le capot. M’amène à l’arrière de la sienne. Sort les menottes. Attaché à la portière, il m’enfile un bandeau sur les yeux. Serré très fort, ça me fait mal. On est vraiment dans la merde. Luuk subit le même traitement, apparemment.</p>
<p>La caisse est nettement plus confortable, on ne sent presque pas les embardées. Nos nouveaux chauffeurs nous intiment de baisser la tête, entre nos genoux. Nous n’avons pas le droit de parler. On nous en extrait une vingtaine de minutes plus tard, et on nous sépare. C’est sans ménagement que l’on m’introduit dans un nouveau bâtiment, yeux bandés . Culbuto humain. Me voilà menotté, face contre le mur, à un radiateur. J’apprendrai plus tard que ce sont les services secrets qui nous détiennent. J’attends. Quelqu’un me met un bandeau plus lâche, enfin.</p>
<div id="attachment_770" class="wp-caption aligncenter" style="width: 307px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Black-Monopoly.png"><img class="size-medium wp-image-770" title="Black Monopoly" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Black-Monopoly-297x300.png" alt="Allez en prison, ne passez par la case départ, ne recevez pas..." width="297" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Allez en prison, ne passez par la case départ, ne recevez pas...</p></div>
<p>Commence l’interrogatoire. Mon interlocuteur parle un anglais correct, avec un fort accent. Il est dans mon dos, avec au moins une autre personne. Des questions sur mon visa, la raison de ma présence, mon parcours. Des questions sur Luuk, beaucoup. Ah. Je vais être accusé d’homosexualité ? Fait chier. J’espère que Luuk a des tonnes d’albums photo de ses ex sur facebook, parce que c’est pas la liste de mes conquêtes féminines, tout sauf impressionnante, qui va me dédouaner. Remarque au moins là, on est innocent.</p>
<p>Puis “Have you been in Israel ?”. Bien…</p>
<p>Je demande à parler à mon ambassade. Après l’interrogatoire, promis. Ca m’arrange moyennement tout ça. Ok, ils ont les photos et les vidéos. Je vois ma gueule de touriste souriant devant le Dôme du Rocher. Le Mur des Lamentations. La Mosquée Al Aqsa. Je nie un peu, c’est les photos d’une copine, j’y étais pas moi, promis. “We see somebody on picturezz’ ” (non, pour de vrai ?), “It is not a “she”, it is a “he” ”. Super. La question qui coince, tu pourrais pas me la poser dans un anglais correct au moins, connard ?</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a title="Eeeetttttt… Le Dôme du Rocher ! Une photo qui a fait se marrer nombre de policiers iraniens, sans doute. " href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranDomeduRocher.jpg" target="_blank"><img class=" " style="display: inline; border-image: initial; border: 0px initial initial;" title="Prison Iran - Dome du Rocher" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/PrisonIranDomeduRocher_thumb.jpg" border="0" alt="Prison Iran - Dome du Rocher" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Eeeetttttt… Le Dôme du Rocher ! Une photo à l&#39;évocation de laquelle nombre de policiers iraniens se poilent encore, sans doute. </p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>Le moment n’est pas à l’échange grammatical, mes aveux en poche, j’ai droit à une gamelle, riz-haricots rouges. Pas d’ambassade. On relève brièvement mon bandeau, le temps de me braquer un téléphone portable sous le nez. Quatre lettres, &laquo;&nbsp;SONY&nbsp;&raquo;. Flash. Retour à la portière de ma bagnole, tu m’as manquée toi tiens. Je crois comprendre que Luuk est à côté. Bienvenue dans ma galère, compañero. Non content d’être dans la merde, voilà que j’y plonge un innocent. C’est toujours bon pour le moral.</p>
<br/>
<p>Une heure ? plus tard, arrêt final. On nous confie à de nouveaux gus, on nous trimballe. Dans une petite pièce, je trouve une chemise et un pantalon de pyjama, des claquettes. Je glisse ma SD card dans la <em>pocket money</em> de mon futal, si on me la demande à l’interrogatoire, vaut mieux pas que je l’emmène en cellule. Je garde mes lunettes. On nous retire le bandeau pour voir le docteur. T’en fais pas j’ai pas d’allergie. Ah si, le pollen. Ca devrait aller. A demis-mots en français, je fais comprendre à Luuk que nos hôtes n’ont pas apprécié toutes les étapes de mon parcours, comme on pouvait s’y attendre.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<div id="attachment_781" class="wp-caption aligncenter" style="width: 604px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/neyestani-evin-bandeau.jpg" target="_blank"><img class="size-large wp-image-781   " title="neyestani evin bandeau" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/neyestani-evin-bandeau-733x1024.jpg" alt="neyestani evin bandeau" width="594" height="830" /></a><p class="wp-caption-text">Dans ma version, les couloirs étaient muets. Et aveugles. ©Mana Neyestani, confère pied de page</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Deux bâtisses plus loin, on nous introduit dans un couloir qui va vite nous devenir familier. Une porte est ouverte à droite. Good night Luuk. Trois mètres après, à gauche, on m’introduit dans ma nouvelle piaule. Dépose ton bandeau à l’entrée.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 258px"><a title="Couloir d'Evin" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/image.png" target="_blank"><img class=" " style="display: inline; border-image: initial; border: 0px initial initial;" title="Couloir d'Evin" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/image_thumb.png" border="0" alt="Couloir d'Evin" width="248" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Vieille photo. Empruntée au blog Iran en Lutte. Vous comprendrez que je ne vous ai pas ramené beaucoup de clichés… Mais c&#39;est ressemblant.</p></div>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>La lourde porte d’acier, ornée de ses deux trappes, une en haut, une en bas, se ferme sur une pièce de 1m50 sur 3. Il y a un petit bout de carton. A glisser dans la grille de la trappe du bas, pour appeler le gardien, me fait-on comprendre en quelques gestes. Attenant, 1m² consacré à des toilettes turques, et un lavabo. Il y a un loquet au battant de la petite porte des WC. Pourquoi…? Deux bouts de savon. Une amphore en plastique avec un long embout, pour se laver les fesses après avoir fait ses besoins. Ce n’est pas sale. Ce n’est pas propre. Deux fines ouvertures en hauteur, grillagées, barrées de persiennes métalliques horizontales. Quatre bouches d’aérations rondes, énormes. Un caillou gravée d’une mosquée, servant à symboliser la direction de La Mecque pour les afficionados de la courbette. Trois couvertures sur le tapis de sol criard.</p>
<p>Bienvenue dans ton nouveau chez toi.</p>
<br/>
<p><em>clichés : <a title="Les Passengers" href="http://www.lespassengers.com/" target="_blank">lespassengers.com</a>, <a title="Iran en lutte" href="http://iranenlutte.wordpress.com/" target="_blank">Iranenlutte</a></em></p>
<p><em>A suivre&#8230;</em></p>
<p><em><a title="La Maison Doree de Samarkand" href="http://www.f0ll0w-me.fr/la-maison-doree-de-samarkand/trip" target="_blank">&gt;&gt;&gt; SUITE (article 2) &gt;&gt;&gt;</a></em></p>
<p><em><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-782" title="Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/02/Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-01-213x300.jpg" alt="Mana Neyestani Une metamorphose iranienne" width="213" height="300" /></a> Mana Neyestani a publié en 2011 &laquo;&nbsp;Une Métamorphose Iranienne&nbsp;&raquo; (Editions Ca et Là), où il raconte son séjour dans la même prison d&#8217;Evin. En 2006, son dessin d&#8217;un cafard utilisant un mot Azeri lui vaut trois mois de taule. Il connaîtra ensuite d&#8217;énormes difficultés, lors de sa fuite, pour trouver un pays d&#8217;accueil, la France lui accordant le statut de réfugié politique en 2010. </em></p>
<p><em>Allez <a title="Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani, Editions Cà et Là" href="http://www.caetla.fr/spip.php?article74" target="_blank">en apprendre plus sur sa bande dessinée</a>, et n&#8217;hésitez pas à vous la procurer ;).</em></p>
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		<title>De retour / I&#8217;m back</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jan 2011 14:51:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[It wasn't exactly what was planed, so for those of you which are not able to understand anything in French, and asked themself what exactly was happening on my facebook, I just spent the first 15 days of 2011 in jail, in Iran.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_620" class="wp-caption aligncenter" style="width: 605px"><a title="Chaine des Monts Dore - Puy du Sancy" href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/01/Chaine-des-Monts-Dore1.jpg" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-620 " title="Chaine des Monts Dore" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2011/01/Chaine-des-Monts-Dore1-595x199.jpg" alt="Puy du Sancy" width="595" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Paysages improbables de pays exotique, toujours. Aujourd’hui, l’Auvergne.</p></div>
<p><em>(English below)</em></p>
<p>Certains  lecteurs* se sont émus et injustement inquiétés du long silence qui  s&#8217;est soudainement abattu sur cet espace, auparavant crédité  relativement aléatoirement de doux billets où se mêlaient joyeusement  inepties de haut vol, humour potache, et informations d&#8217;un intérêt  douteux sur des pays l&#8217;étant tout autant. Le tout généralement agrémenté de clichés  dignes de mon séjour scolaire de découverte géologique, en 5ème, safari  minéral caractérisé (déjà) par mon incapacité à fixer sur la pellicule  d&#8217;un kodak  jetable les sauvages troupeaux d&#8217;éclats de roches volcaniques qui paissent paisiblement dans les campagnes auvergnates.</p>
<br/>
<p>De retour, sur les rives de l&#8217;Allier, du coup. Soit. Loin, me direz-vous, de l&#8217;ambition démesurée dont je faisais l&#8217;étalage <a title="Hello World" href="../hello-world/trip" target="_blank">il y a quelques mois</a> et qui devait m&#8217;emmener jusqu&#8217;aux abords de la Baie d&#8217;Along -abords qui ne valent de toute façon pas, paraît-il, ceux du Lac d&#8217;Aydat-. Diable. Diantre. Pourquoi ?</p>
<p>Bon, je sors de taule, en Iran.</p>
<p><span id="more-616"></span>Lorsque  j&#8217;abordais dans mon &laquo;&nbsp;Hello World&nbsp;&raquo; les galères de voyageurs auxquelles  j&#8217;escomptais me frotter, je ne m&#8217;imaginais guère pouvoir un jour vous  narrer une mésaventure d&#8217;une telle ampleur. Chanceux que je suis, me  voilà riche d&#8217;un épisode que peu de routards pourront jamais se targuer  de vous conter.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Il l&#8217;a fait exprès ?&nbsp;&raquo;. Certes non,  même si une demi-douzaine de représentants de l&#8217;ordre iranien(s) [notez qu'avec  ou sans ce "s", le sens change, la formule reste juste] s&#8217;interrogent  encore à ce sujet, tant la démonstration de stupidité dont je suis  l&#8217;auteur mériterait de rejoindre dans les manuels d&#8217;Histoire le  tacticien ayant appuyé l&#8217;idée de la Campagne de Russie napoléonienne,  l&#8217;inventeur du radar automatique, le Père Fondateur de Pompéi (&laquo;&nbsp;<em>Oh !  Quelle jolie vallée !&nbsp;&raquo;</em>) ou le grammairien théorisant la concordance des temps alors qu&#8217;il avait connaissance de l&#8217;existence du plus-que parfait du subjonctif : c&#8217;est peu dire.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Il l&#8217;a bien cherché !&nbsp;&raquo;. J&#8217;admets que les contrées choisies par mes soins n&#8217;ont que peu de points communs avec la Belgique ou le Tyrol, surtout le Tyrol du Nord. L&#8217;occasion de rappeler, pour ceux qui en douteraient, que l&#8217;Iran, et dans une moindre mesure, le Kurdistan irakien, sont des destinations qui ne s&#8217;adressent qu&#8217;aux voyageurs chevronnés et prudents, et qui, si vous vous considérez comme tel, méritent un détour par le site des <a title="Conseils aux Voyageurs Ministere des Affaires Etrangeres" href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/cav-fiche-pays.php3" target="_blank" class="broken_link">Conseils aux Voyageurs</a> des Affaires Étrangères. Souvent taxé d&#8217;alarmiste, par les 95% de ressortissants pour qui le séjour perse se déroule sans anicroche, et d&#8217;encourager à exercer l&#8217;art de la baroude dans une poignée de pays européens sécurisés et onéreux dont le Bas-Rhin, il délivre des avertissements que vous aurez tout loisir de méditer depuis cet <em>appartement d&#8217;une extrême fraîcheur, dans lequel on n&#8217;est jamais incommodé par le soleil</em> gracieusement fourni par les Gardiens de la Révolution (Candide, Voltaire, c&#8217;est pas parce qu&#8217;on est taulard qu&#8217;on a pas lu). Mais donc, sans &laquo;&nbsp;l&#8217;avoir cherché&nbsp;&raquo; particulièrement, je me suis retrouvé derrière les barreaux. Une habitude diront certains proches qui remonte certes à bien avant mon voyage et dont j&#8217;étais déjà coutumier en Hexagone.</p>
<p>&laquo;&nbsp;En parlant d&#8217;endroit jamais incommodé par le soleil&#8230;&nbsp;&raquo;. Non. Je vous rassure, mon intégrité physique n&#8217;a même pas été menacé, et la liste des MST que je véhicule à travers le monde et que je conserverai, si vous le voulez bien, à ma discrétion, n&#8217;a pas été rallongée par cette aventure. C&#8217;est tout juste si l&#8217;acronyme &laquo;&nbsp;DTC&nbsp;&raquo;, que je ne vous ferais pas l&#8217;insulte de développer, risque de hanter longtemps mes récits iraniens.</p>
<br/>
<p>De retour, aussi et surtout, online. Ma voix porte de nouveau sur les réseaux sociaux, pour le plus grand bonheur des amateurs de Belles Lettres. Argh. Ce premier post sera bien sûr suivi de petits comptes-rendus de mon mois au pays des aryens (&laquo;&nbsp;Iran&nbsp;&raquo;). Surtout et je vous rassure, le voyage reprendra prochainement au pays de Gandhi ; une appellation qui par ailleurs fait déjà résonner aux oreilles des enfants des années 80 les paroles de la mélodie infernale du générique &laquo;&nbsp;<a title="Cliquez ici pour souffrir" href="http://www.dailymotion.com/video/xm413_au-pays-de-candy_music" target="_blank">au Pays de Candy</a>&nbsp;&raquo; qui pourrira sans nul doute le reste de votre dure journée de bureau, et celle de vos collègues.</p>
<p>C&#8217;est plein de cette certitude et quelque part vengé -sur vous- des vicissitudes arbitraires dont ce monde m&#8217;accabla que je vous laisse, en vous  donnant donc rendez-vous très prochainement. En ces pages.</p>
<p>Bisou, bonne année,</p>
<p>Doudou</p>
<br/>
<p><em>Au pays de Candy</em></p>
<p><em>Comme dans tous les pays<br />
</em></p>
<p><em>On s&#8217;amuse on pleure on rit<br />
</em></p>
<p><em>Il y a des méchants et des gentils<br />
</em></p>
<p><em>Et pour sortir des moments difficiles<br />
</em></p>
<p><em>Avoir des amis c&#8217;est très utile</em></p>
<p>&#8230; (espérons qu&#8217;un Iran libre érige cette chanson au statut d&#8217;hymne national) <em> </em></p>
<p><em><br/><br />
</em></p>
<p>* aussi surprenant que cela puisse paraître, ce blog a des lecteurs. Pas  loin d&#8217;un demi millier de personnes meublent mensuellement leur ennui au  bureau par sa lecture discrète, ou y échouent par quelque hasard  malencontreux dont seuls les concepteurs d&#8217;algorithmes pour moteur de  recherche ont le secret &#8211; concepteurs inconnus cristallisant les  malédictions appuyées de ceux d&#8217;entre vous qui aboutirent ici suite aux  requêtes &laquo;&nbsp;roux sorcieres&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;pute à domicile&nbsp;&raquo;, ou &laquo;&nbsp;drogue à Tel Aviv&nbsp;&raquo; -. (vous vous doutez bien que je ne remets ces mots clés que pour booster plus encore mon référencement)</p>
<p>L&#8217;occasion pour moi de les, de vous remercier<em> (ndlr: mes lecteurs)</em></p>
<p>-</p>
<p><em>Ok, I am back. In France.<br />
</em></p>
<p><em>It wasn&#8217;t exactly what was planed, so for those of you which are not able to understand anything in French, and asked themself what exactly was happening on my facebook, I just spent the first </em><em>15 </em><em>days of 2011 in jail, in Iran. Mostly cause I am stupid, as I will explain soon, but also cause iranian authorities is not exactly the most comprehensive and reliable system on Earth. </em></p>
<p><em>But well, I&#8217;m back. Online. </em></p>
<p><em>Which means that 1., the nightmare is over, 2., I am not traumatised </em>Ad Vitam Eternam <em>(and here I am asking myself if you do use/know a few latin words in English ??!? -&gt; means &laquo;&nbsp;for my whole life&nbsp;&raquo;), and 3., I will be back on the road, soon. </em></p>
<p><em>Sorry for this long silence on this tiny space. Be sure that I am very happy to have the opportunity </em><em>(again) </em><em>to show how bad are French people in English, I will demonstrate my incredible skills in it as soon as possible. </em></p>
<p><em>Kiss you, see you soon<br />
</em></p>
<p><em>Doudou</em></p>
<p><em>(btw, doudoul means &laquo;&nbsp;dick&nbsp;&raquo; in farsi, so don&#8217;t use this nickname in Iran anymore)</em></p>
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		<title>La Turquie du Nord-Est</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Nov 2010 20:12:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>doudou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Redescendre à Trabzon offre tout un monde de contraste. Finit la montagne, voici la Mer Noire. Les températures sont sensiblement plus douces. Trabzon est un grand port moderne, où l’influence russe se fait ressentir. Les marins se ruent dans les bordels de la ville. De l’Histoire, il ne reste plus grand chose… ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 599px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2010/11/hattusabasreliefsdeYazilikaya.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="hattusa - bas reliefs de Yazilikaya" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2010/11/hattusabasreliefsdeYazilikaya_thumb.jpg" border="0" alt="hattusa - bas reliefs de Yazilikaya" width="589" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Bas-reliefs hittites du XIIIème siècle avant notre ère...</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p>Le visa iranien reste à ce jour l’un des plus difficiles à obtenir, la chose étant même impossible pour l’impudent globe-trotter qui s’essaierait à gratter à la porte d’une ambassade, quelle qu’elle soit, ou d’un poste frontière terrestre. Impossible, sauf ! au consulat de Trabzon, qui (allez savoir ?) n’a pas dû recevoir les dernières recommandations de Téhéran par La Poste, et ce depuis une demi douzaine d’années. Ce faisant, c’est sans doute le lieu de la byzantine Trébizonde qui accueille le plus de touristes… mais je m’abstiendrai de vous faire rêver à la description des murs ternes de bureaux administratifs quelconques.</p>
<p>Parce qu’on a mieux à se mettre sous la dent. En cheminant vers ce port antique, votre route vous mènera tout d’abord à Hattusa, la capitale Hittite, labellisée Unesco de nos jours. L’amateur de vieux cailloux qui sommeille en chacun de nous trépignera à l’idée de parcourir les ruines d’une civilisation qui traitait d’égale à égale avec le grand Ramsès II. Peine perdue de ce côté-ci, si les Hittites maniaient le sabre et l’arc avec habileté, ils étaient moins doués avec un marteau et une truelle ; résultat, il n’y plus grand chose qui dépasse le mètre cinquante de hauteur sur le site. Ces p’tits gars n’étaient pas totalement gauches non plus et l’étendue imposante des fondations de certains bâtiments laisse entrevoir la grandeur de celle qu’on surnommait “La Cité aux 100 Temples”. A quelques kilomètres de là, à Yazilikaya, se trouve d’ailleurs un temple où les antichambres étaient des galeries rocheuses naturelles, et dont les icônes en bas-reliefs ont donc miraculeusement traversé ces derniers 33 siècles pour laisser un ultime témoignage artistique.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2010/11/hattusaroomnumberone.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="hattusa - room number one" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2010/11/hattusaroomnumberone_thumb.jpg" border="0" alt="hattusa - room number one" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Les ruines d’Hattusa : faîtes marcher votre imagination !</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p><span id="more-496"></span></p>
<p>C’est pas Karnak quand même. Mais le détour par Hattusa reste une expérience des plus agréables, d’abord parce que pour un site Unesco, on peut pas dire que les foules s’y précipitent. Et secundo, la ballade d’une dizaine de bornes vous laisse amplement le temps de rêvasser à ce que fut cette civilisation, tout en profitant de paysages grandioses et joliment illuminés, les urbanistes Hittites ayant décidé de se caler confortablement sur une colline haut-perchée.</p>
<p>Redescendre à Trabzon offre tout un monde de contraste. Finit la montagne, voici la Mer Noire. Les températures sont sensiblement plus douces. Trabzon est un grand port moderne, où l’influence russe se fait ressentir. Les marins se ruent dans les bordels de la ville. De l’Histoire, celle d’une cité qui devint capitale d’un petit Empire, après le sac de Constantinople par la IVème Croisade, puis qui se paya le luxe de résister aux Ottomans jusque 8 ans après qu’ils aient pris possession d’Istanbul, il ne reste plus grand chose… la jolie Aya Sofya locale, quelques mosquées, un bazar et ses caravansérails…</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 362px"><a href="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2010/11/trabzonmonasteredeSumela.jpg" target="_blank"><img style="display: inline; border: 0pt none;" title="trabzon - monastere de Sumela" src="http://www.f0ll0w-me.fr/wp-content/uploads/2010/11/trabzonmonasteredeSumela_thumb.jpg" border="0" alt="trabzon - monastere de Sumela" width="352" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">La chapelle du monastère de Sulema, malheureusement attaquée à la fronde et au canif…</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p>Non, il faut s’aventurer au dehors pour apprécier le joyau archéologique du coin : le monastère de Sumela. Au terme d’une ascension harassante, qui délivre de jolis panoramas, une ultime volée de marche s’accroche désespérément le long des flancs abrupts de cet à-pic rocheux… pour redescendre soudainement : nichées dans un renfoncement sous le sommet, les bâtisses séculaires offrent un tableau étonnant de calme dans cet environnement naturel automnal majestueux. Et c’est là que l’on découvre la chapelle troglodyte : un petit chef d’œuvre de fresques murales finement appliquées sur ses murs intérieur et extérieur, depuis le IXème siècle, qui ont survécu aux dégradations…</p>
<p>On n’attend guère dans le petit consulat d’Iran. Mais ce couple d’heures semblent être cinq minutes lorsque, avec un peu d’imagination, on s’amuse à projeter sur les murs immaculés d’une salle d’attente les images chatoyantes du patrimoine turc&#8230;</p>
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