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Diyarbakir, l’ame kurde

2010 décembre 8
Diyarbakir - Behram Pasa Mosquee mosque

La mosquée Behram Pasa toute de basalte et de marbre vêtue, est le bébé de Sinan, l’architecte de la Mosquée Bleue (entre autre).

Pour les kurdes de Turquie, Diyarbakir est “leur” capitale. Le PKK avait là la main haute sur une ville symbole de l’explosion urbaine qu’a connu la Turquie : de petite bourgade de quelques milliers d’âmes qu’elle était au début du siècle, elle est passée à une métropole de près d’un million d’habitants. Puis vinrent les années sanglantes, de 1984 à 1999, elle fut au cœur de la lutte entre les séparatistes kurdes et l’armée turque.

De ce récent bain de sang, il ne reste aucune trace. Diyarbakir ressemble aujourd’hui à n’importe quelle grande agglomération turque, si ce n’est que la majeure partie de ses habitants ne se reconnaissent pas dans cet état. La vieille ville surplombe le Tigre de ses imposants remparts du plus beau basalte, la plus longue muraille après celle de Chine, paraît-il. Dans les recoins de l’étroit chemin de ronde et aux sommets de tours affaissées, les jeunes des environs fument leur haschich à l’abri des regards indiscrets. Ce même ébène minéral orne les monuments de la ville, pour l’essentiel des églises et de jolies mosquées ouvragées du XVème et XVIème siècle.


diyarbakir -  kurdish music

Chants kurdes et papi enjoué…

Mais l’important n’est pas là, comme souvent. Ici, c’est l’accueil des kurdes qui fait de cette destination un souvenir impérissable. 14 secondes après avoir titubé hors du bus, Muzaffer et Veysel m’embarque dans le labyrinthe de la vieille ville. Direction un centre culturel kurde, hébergé dans une habitation traditionnelle imposante et charmante. Des grappes de jeunes attablés discutent bruyamment, font leurs devoirs. Nous nous joignons à une tablée joyeuse qui joue avec volupté de la guitare kurde, classique, et des percussions. Un chœur de voix s’élève de ces accords tristes et mélancoliques. Quelques vieux gagnent alors la compagnie et entonnent des airs immémoriaux, miment quelques pas de danse, font des pitreries, chambrent les adolescents admirant le spectacle juchés de leurs fenêtres, ramenant des sourires sur les visages des plus jeunes…

Muzaffer est diplômé depuis un an, mais ne trouve pas de travail. Alors, pour y pallier, il est professeur d’anglais suppléant dans une école non loin. Il me pose des questions sur Comment aller en Europe ?, j’ai le plus grand mal à le renseigner. Veysel joue au football, gardien. Il aimerait bien en faire son métier, mais sait que c’est un doux rêve. Il est malentendant… Il a terminé ses études lui aussi, mais commence désormais à apprendre l’allemand, et travaille son anglais. Il souhaiterait être guide. Autre rencontre, l’ancien directeur de l’Office de Tourisme, me confirme dans un français impeccable que le tourisme pourrait être une bouffée d’oxygène pour cette région désertée des routards pendants deux décennies…

diyarbakir - kurdes

Veysel et Muzaffer me guident dans la ville…


Et de facto Diyarbakir est la meilleure des bases pour rayonner dans le secteur, d’ici on gagne rapidement Mardin. Ses bâtisses ont des airs de vieille ville de Jérusalem, blotties sous l’ancestral château, le panorama en plus… Le souk animé s’échelonne sur le coteau… De séculaires medresa (écoles) et une petite mosquée parsèment la ballade…

Diyarbakir - Mardin

Le soleil se couche sur les versants de Mardin…

Demi-tour et direction Hasankyef. Bref sourire en passant sur les terres de Batman, la préfecture du coin : voilà un maire doit s’arracher les poils de la moustache à l’évocation du référencement Google de sa cité.

Hasankyef c’est la Cappadoce de l’Est. A une échelle plus modeste, sans conteste, mais aussi plus chaleureuse… Ici, les dantesques piles d’un antique pont effondré ont été converti en perchoirs habités. Les falaises qui s’élèvent abruptement de la plaine limoneuse sont coiffées d’une forteresse en ruine. En contrebas, les vallées calcaires abritent un gruyère d’habitations troglodytes, dont certaines ont encore un usage. De l’amas de basses maisonnées de la partie ancienne du village “hors-sol” s’élance des minarets sertis de bas-reliefs travaillés. Non loin, des tombeaux finement décorés et d’antédiluviennes mosquées croulantes brisent les lignes des courbes douces des collines. L’écrin naturel de ce coin d’Anatolie offre de surcroît des panoramas somptueux.

Diyarbakir - Hasankyef

Château & troglo habillent les escarpements d’Hasankyef…

A moins d’être particulièrement leste, vous ne pourrez pas admirer de coucher de soleil sur Hasankyef. Dans quelques années, ses rayons n’effleureront plus les dômes et les tuiles de cette ville kurde. Plongée dans des ténèbres éternelles, la cité et ses galeries seront noyés sous des mètres cubes d’eau… lorsque la construction du barrage en aval touchera à son terme.

Le Kurdistan turc recèle d’innombrables trésors. A voir. Vite.

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