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…Zalem

2010 septembre 2
Pélerins à Jérusalem

Les pèlerins traînent leur croix...

Je vous ai fait l’article il y a quelques jours de Jérusalem la cosmopolite. Et comme promis, aujourd’hui, un peu d’anthropologie. De haut vol : je suis un très mauvais anthropologue.

Au premier abord on est séduit par cette ville et son ambiance. Mais lorsqu’on gratte un petit peu la surface, on est rapidement un peu déçu. Jérusalem n’est pas une ville de rencontres : le tourisme y est tellement omniprésent que les locaux ne vous voient bien souvent que comme un portefeuille ambulant. En conversant un petit peu, les langues se délient, et on appréhende un poil mieux le quotidien des communautés juives et arabes, si proches, et si hermétiques. Nombre d’arabes vous reprendront au mot d’ « Israël », et lui préféreront le mot « Palestine ». Plutôt choqués par les mœurs occidentaux de leurs voisins hébraïques, ils en connaissent néanmoins la langue. Ce qui sera réciproquement le cas d’une part non négligeable des résidents juifs de Jérusalem, un effort que leurs congénères de Tel-Aviv ne fournissent que rarement. Il n’y a pas systématiquement, dans les paroles échangées, de haine profonde à l’égard de la communauté adjacente (encore que). Plutôt de la méfiance, et une certaine résignation subie à devoir supporter son prochain, et ses coutumes.


La tierce partie de ce melting-pot unique en son genre : les fous de Dieu. Sans surprise, les pèlerins sont légion dans la ville, alors que les curieux venus visiter les lieux sans clamer leur appartenance à un quelconque clocher sont assez peu répandus. On a d’abord les Chrétiens. Des latins, pour une bonne part, espagnols et italiens, et des russes, bruyants et envahissants, maraudant en bande et dirigés par un mec en jupette. On peut les voir trimballer des croix de bois le long dudit Chemin de Croix, comme leur idole. Je n’ai pas croisé de victimes du Syndrome de Jérusalem, et c’est bien dommage. Paraîtrait-il que ces fondus du divin se voient révélé leur caractère messianique au contact de Jérusalem, et s’empressent d’aller le clamer à leurs congénères, et sur la place publique. Fendard. Malheureusement, si, il y a quelques siècles, on aurait brûlé ces hérétiques sur cette même place publique, on se contente aujourd’hui de les coller, à l’ombre, dans des institutions de repos, en attendant que le soleil arrête de leur taper sur la calvitie. Dommage qu’avec le temps, le meilleur des traditions se perde.

Autres pèlerins et pas des moindres, des juifs du monde entier passent pour se Lamenter. Le vendredi est un jour particulièrement intéressant pour les lamenteurs, et les ethnologues en herbe. La foule s’amasse au pied du Mur dans un grand accès de ferveur, au son de percussions qui émergent du brouhaha ambiant de milliers de conversations. Plus sérieusement, à observer ce tableau, on se demande d’où sort ce qualificatif de « Lamentations », le tout étant plutôt vivant, remuant.

Porte de Damas

Porte de Damas, un soir de ramadan

Au même instant je gagne la Porte de Damas, l’entrée principale de la ville. Juste en dehors des murs, les musulmans, quasi exclusivement palestiniens, fêtent aussi ce vendredi, ainsi que le ramadan, et la nuit qui tombe. On se faufile dans un amas compact de barbus et de gamins, dominé, en haut des gradins, par un orchestre traditionnel. Le drapeau palestinien interdit dans les murs flotte ici partout, à bout de bras, à bout de voix. Quand enfin un espace se dégage, narghilé et verre de thé à la main, on prend le temps d’observer ces gens grouillant, heureux de chanter, claquer des mains, s’égailler, se bousculer. Et glorifier leur dieu.


C’est en quittant Jérusalem qu’on se rend compte de l’unicité de ce lieu. De son caractère si particulier. Qu’on se souvient, dans chaque journée, de tant de moments de bonheur, de tant de moments de frustration. Jérusalem, ce n’est pas une destination « bien », ou « nulle ». Jérusalem, c’est un concentré de vie dans un fatras de ruelles. Aussi beau. Et aussi moche.

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  1. Jéru | f0ll0w-me

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